Bambu Lab n’a rien annoncé, et pourtant presque tout est déjà écrit. Les dossiers déposés le 21 septembre 2026 auprès de la FCC américaine révèlent deux nouveaux systèmes de matériaux : l’AMS 3H et l’AMS 3P. Derrière ces deux références se cache le remplaçant de l’AMS 2 Pro, et les documents officiels en disent bien plus que ce que la marque laisse filtrer d’habitude. J’ai épluché les rapports de test page par page, étiquettes comprises : sept antennes RFID d’un côté, cinq de l’autre, et une alimentation qui change complètement la donne.

Voilà pourquoi je prends le temps de tout te détailler aujourd’hui. Un nom de produit qui apparaît dans une base de données, ce n’est pas une fiche technique. Mais quand un laboratoire certifié publie un rapport de quinze pages avec le nombre d’antennes, la tension d’alimentation et les câbles utilisés sur le banc de test, on peut reconstituer le produit avec une précision rare. Et sur l’AMS 3H, ce que j’ai lu m’a fait m’arrêter net.

🚨 Deux dossiers FCC, et une gamme qui bascule

Commençons par les faits bruts. Deux identifiants FCC distincts ont été enregistrés par Shenzhen Tuozhu Technology, la société qui fabrique les machines Bambu Lab : 2A6J8-SA017 pour l’AMS 3H et 2A6J8-SA018 pour l’AMS 3P. Les deux demandes datent du 21 septembre 2026, les deux ont été accordées le même jour, et les deux relèvent de la partie 15.225 des règles américaines, celle qui encadre les émetteurs basse puissance à 13,56 MHz.

Ce détail de fréquence n’est pas anodin. 13,56 MHz, c’est la bande du NFC et des lecteurs de puce RFID. Concrètement, c’est le canal que les AMS utilisent pour identifier automatiquement une bobine Bambu Lab, lire sa matière, sa couleur et ses profils de séchage. Un nouveau système de matériaux qui passe par cette certification, c’est donc bien un successeur des AMS actuels, pas un simple accessoire.

Les chiffres des dossiers FCC

AMS 3H, modèle SA017 : sept antennes de bobine, étiquette 100-120 V / 200 W. AMS 3P, modèle SA018 : cinq antennes, 24 V et 1 A. Laboratoire Bay Area Compliance Laboratories Corp (Shenzhen, Guangming). Rapports datés du 5 et du 11 septembre 2026. Photos externes et manuel verrouillés jusqu’au 20 mars 2027.

Un point technique mérite d’être souligné tout de suite, parce qu’il explique pourquoi on ne verra aucune photo du produit avant l’annonce : Bambu Lab a demandé et obtenu une confidentialité de court et de long terme. Les photos internes, les photos externes, le manuel utilisateur, les schémas et le diagramme de blocs sont tous marqués « Metadata only » avec une disponibilité au 20 mars 2027, soit six mois après le dépôt. La marque a donc verrouillé tout ce qui ressemblerait à un rendu produit. Restent les étiquettes et les rapports de test, publics, et c’est déjà beaucoup.

Étiquette officielle de l'AMS 3H Bambu Lab, modèle SA017, entrée 100-120 V 200 W

L’étiquette de l’AMS 3H, extraite du dossier FCC public, vaut à elle seule le détour. On y lit « Automatic Material System 3H », le modèle SA017, la mention « INPUT: 100-120V~, 200W, 50/60Hz or 24V ⎓ 1A », le fabricant Shenzhen Tuozhu Technology, et la société Bambulab GmbH de Francfort comme représentant européen. Deux entrées d’alimentation sur un accessoire de ce type, c’est exactement le schéma de l’AMS HT : une alimentation propre pour le chauffage, et une liaison 24 V vers l’imprimante.

Je note aussi les marquages réglementaires complets : FCC, CE, UKCA, KC, NOM, EAC, et le pictogramme de collecte DEEE avec la mention française. Rien d’exceptionnel en soi, mais cela confirme un produit déjà finalisé au plan industriel, prêt pour plusieurs marchés. On n’imprime pas une étiquette multi-certifications sur un prototype.

📦 AMS 3H : sept bobines, du jamais vu chez Bambu Lab

C’est la ligne qui m’a fait relire trois fois. À la page 5 du rapport de test 2604V72274E-RF-00A, le laboratoire écrit noir sur blanc : « The device has 7 coil antennas (R1, R2, R4, R5, R6, R7 and R8) ». Sept antennes de bobine. Et le document précise que ces sept antennes ne peuvent pas émettre simultanément, ce qui a conduit le labo à tester la pire configuration, l’antenne R1.

Pourquoi est-ce énorme ? Parce que dans un AMS, chaque antenne correspond à un emplacement de bobine. L’AMS 2 Pro en compte quatre, l’AMS lite quatre également, l’AMS HT une seule. Un AMS 3H à sept antennes, c’est donc, selon toute logique, un système à sept bobines. Aucun AMS Bambu Lab n’a jamais proposé ça, et je ne connais pas d’autre changeur multicolore grand public qui aille aussi loin dans un seul caisson.

Extrait du rapport de test FCC qui décrit les sept antennes de bobine de l'AMS 3H

Attention, je reste prudent sur un point : sept antennes ne signifient pas forcément sept couleurs imprimables en même temps. Le rapport indique justement qu’elles ne peuvent pas transmettre simultanément, ce qui ressemble à un multiplexage de lecture RFID plutôt qu’à sept lecteurs indépendants. La lecture des puces se ferait donc l’une après l’autre, ce qui est déjà le comportement des AMS actuels. Ce que je retiens, c’est la capacité physique : sept emplacements, donc sept matières disponibles sans toucher à une bobine.

Le dessin de l’emplacement d’étiquette, également public, donne une idée de la coque. On y voit une caisse assez haute, à couvercle bombé, avec une trappe latérale, une grille d’aération en façade et quatre pieds. Une silhouette qui évoque davantage un caisson fermé et chauffé qu’un simple tiroir à bobines. Rien à voir avec la forme très plate de l’AMS 2 Pro, et cela recoupe l’hypothèse d’un module de séchage intégré.

♨️ 200 W et une prise secteur : l’AMS 3H va-t-il sécher le filament ?

C’est là que les 200 W de l’AMS 3H prennent tout leur sens. L’AMS HT, le module haute température actuel de Bambu Lab, sèche le filament jusqu’à 85 °C, consomme en moyenne 150 W et réclame sa propre alimentation secteur en 100-240 V. L’AMS 3H affiche 200 W sur son étiquette américaine, avec une entrée 100-120 V dédiée. La mécanique est identique : une alimentation autonome pour la fonction chauffante, plus une liaison 24 V vers l’imprimante.

Ma déduction, et je la présente comme telle : l’AMS 3H embarque un système de séchage actif, plus puissant que celui de l’AMS HT. Avec 200 W disponibles, on peut viser une chambre plus grande, sept bobines à maintenir au sec, cela demande de la puissance et une ventilation sérieuse. La grille visible sur le schéma va dans ce sens. En revanche, aucune température de séchage n’apparaît dans les documents publics, et je ne vais pas inventer un chiffre : ce sera la première question à poser le 3 novembre.

Schéma du dossier FCC montrant la coque de l'AMS 3H Bambu Lab et l'emplacement de son étiquette

Dans mon atelier, c’est précisément ce qui manque aujourd’hui. Je fais tourner plusieurs machines Bambu Lab, et chaque changement de matière hygroscopique me coûte un passage par un séchoir séparé, avec la manutention que cela implique. Un AMS qui stocke sept matières et les maintient au sec change complètement l’organisation d’une session d’impression longue. C’est le genre de détail qui compte plus que trois couleurs de plus sur une palette.

Il faut aussi garder en tête l’historique de la gamme. L’AMS 2 Pro a introduit le séchage à 65 °C dans un caisson à quatre bobines. L’AMS HT a poussé la température à 85 °C pour une seule bobine, avec un vrai marché de niche : PA, PC, PET-CF, BVOH. Si l’AMS 3H combine les deux approches, il ne remplace pas seulement l’AMS 2 Pro, il rend l’AMS HT beaucoup moins indispensable pour qui veut du nylon ou du polycarbonate au quotidien.

🧵 AMS 3P : cinq bobines, 24 V, la version sage

Face à ce monstre, l’AMS 3P joue une autre carte. Son rapport de test (2604V73214E-RF-00A) annonce cinq antennes de bobine, numérotées 2, 3, 4, 5 et 6, et son alimentation se limite à du 24 V et 1 A, sans aucune entrée secteur. Son étiquette ne mentionne d’ailleurs que « INPUT: 24V ⎓ 1A ». Pas de chauffage, donc, et une consommation électrique qui reste dans l’enveloppe de l’imprimante.

Étiquette officielle de l'AMS 3P Bambu Lab, modèle SA018, entrée 24 V 1 A

Lecture immédiate : l’AMS 3P est un module de stockage et d’alimentation multicolore classique, sans fonction de séchage. Cinq bobines au lieu de quatre, ce qui est déjà une progression discrète mais réelle par rapport à l’AMS 2 Pro. Et un prix qui, mécaniquement, devrait rester plus contenu que celui de l’AMS 3H, puisqu’il n’y a ni chauffage, ni alimentation secteur, ni ventilation contrôlée.

Le schéma de l’emplacement d’étiquette confirme cette philosophie. La coque y apparaît large, plate, presque une tablette, avec une poignée centrale noyée dans la façade et quatre fixations dans les angles. L’ambition n’est pas la chambre climatique, c’est le volume et la simplicité. Deux produits, deux usages, et une gamme qui se recompose proprement.

Schéma FCC de l'AMS 3P Bambu Lab, châssis large et plat avec poignée centrale

Mon seul regret sur ce modèle, à ce stade : cinq bobines sans séchage, c’est un demi-progrès pour qui imprime du PETG ou de l’ASA en volume. Le caisson fermé de l’AMS 2 Pro, avec son séchage à 65 °C, reste plus utile au quotidien que deux emplacements supplémentaires dans un plateau ouvert. Tout dépendra du prix, évidemment, et là-dessus les documents FCC ne disent pas un mot. L’AMS 3H, lui, joue exactement la carte inverse avec son alimentation secteur et ses sept emplacements : c’est le module haut de gamme de la future gamme.

🔗 3H avec H3C, 3P avec P3C : la preuve dans les rapports

Le détail que personne n’a relevé se trouve dans la liste du matériel de support des deux rapports. Pour tester l’AMS 3H, le laboratoire a utilisé une « printing section » Tuozhu référence PF008-P. Pour l’AMS 3P, la même ligne indique PF006-P. Or PF008P est l’identifiant FCC de l’H3C, et PF006P celui de la P3C, les deux imprimantes à changeur d’outils qui doivent arriver le 3 novembre.

Autrement dit, Bambu Lab n’a pas testé ces deux AMS dans le vide : l’AMS 3H était branché sur un H3C, l’AMS 3P sur un P3C. Le nom des produits le disait déjà à moitié, le rapport de test le confirme noir sur blanc. Les deux systèmes de matériaux sont conçus pour les deux nouvelles machines, et ils sortiront vraisemblablement en même temps qu’elles.

Le rapport de l’AMS 3H apporte une confirmation supplémentaire avec deux câbles secteur de 1,22 m déclarés sur le banc : un de la prise murale vers l’AMS, un autre de la prise vers l’imprimante. Deux branchements distincts, donc, ce qui colle à un module chauffant autonome. Pour l’AMS 3P, le câble secteur ne concerne que l’imprimante, et le module se contente d’un lien DC de 1,1 m.

J’ai déjà détaillé les particularités du H3C dans un article dédié : neuf outils, une mécanique de changeur qui sort des sentiers battus et un calendrier serré. Si tu veux le contexte complet de la machine qui va accueillir l’AMS 3H, je te renvoie à mon analyse du Bambu Lab H3C et de son tool changer à neuf outils. Et pour la partie logicielle, les profils de matériaux se pilotent toujours depuis un slicer : j’en parle longuement dans mon article sur OrcaSlicer 2.5 et ses plugins Python.

💶 Ce que ça change dans mon atelier, et à quel prix

Parlons budget, parce que c’est la question qui arrive tout de suite après. Aujourd’hui, l’AMS 2 Pro se négocie autour de 299,60 euros chez les revendeurs européens, quatre bobines, séchage à 65 °C. L’AMS HT tourne autour de 3 490 couronnes tchèques, soit environ 140 euros, pour une seule bobine et un séchage à 85 °C. Et l’AMS lite des A1, quatre bobines sans caisson, reste l’entrée de gamme.

AMS 2 Pro Bambu Lab avec ses quatre bobines et son séchage à 65 °C

Un AMS 3H à sept bobines avec chauffage 200 W se situera forcément au-dessus. Entre la mécanique, l’alimentation secteur et la fonction de séchage, je m’attends à un tarif nettement supérieur aux 300 euros de l’AMS 2 Pro, sans avoir le moindre début de preuve. C’est un pari, pas une information, et je préfère le dire clairement plutôt que d’annoncer un prix sorti de nulle part. Le tarif de l’AMS 3H reste d’ailleurs la grande inconnue de ce dossier, bien avant sa fiche technique.

Reste une question que je me pose sincèrement : à qui s’adresse un caisson de sept bobines ? Pour un particulier qui imprime deux ou trois couleurs, c’est disproportionné. Pour une ferme d’impression ou un atelier qui enchaîne les matières techniques, c’est au contraire le module qui manquait, celui qui évite d’empiler quatre AMS 2 Pro sur un H3C. Bambu Lab vise visiblement les deux publics avec l’AMS 3H et l’AMS 3P, en laissant le choix du budget et du niveau d’équipement.

AMS HT Bambu Lab, une bobine et un séchage du filament jusqu'à 85 °C

Il y a enfin la question des bobines tierces. Sur les AMS actuels, les puces RFID ne sont lues que sur les bobines Bambu Lab, et il faut saisir à la main ce qu’on charge pour les autres marques. Avec l’AMS 3H et ses sept emplacements, la gestion manuelle devient vite pénible si la marque n’ouvre pas un peu son système. Je surveille ce point de près, parce que c’est exactement le genre de friction qui gâche un bon matériel.

Graphique comparant le nombre de bobines de l'AMS 3H et des autres systèmes AMS de Bambu Lab

Capacité en bobines identifiées par RFID. Sources : rapports de test FCC 2604V72274E-RF-00A (sept antennes) et 2604V73214E-RF-00A (cinq antennes), fiches produit pour l’AMS lite, l’AMS 2 Pro et l’AMS HT. Relevé du 26 octobre 2026.

📅 Le 3 novembre, 15 h : le rendez-vous à ne pas manquer

Bambu Lab a ouvert une page de teasing pour le H3C avec un slogan sans ambiguïté, « Tool Changer. Game Changer. », et une date : le 3 novembre à 9 h heure de l’Est, soit 15 h en France. Rien n’indique encore que l’AMS 3H et l’AMS 3P seront de la fête, mais l’alignement des certifications, des bancs de test et du calendrier rend l’hypothèse très probable. Une machine à neuf outils sans un système de matériaux à la hauteur serait une drôle d’annonce.

Je serai devant le direct, et je regarderai trois choses dans cet ordre : la température de séchage réelle de l’AMS 3H, le nombre de bobines officiellement annoncé, et le prix des deux modules. Si la marque confirme l’AMS 3H à sept bobines et un séchage actif au-delà de 65 °C, on aura le module le plus complet de la gamme, et probablement le plus cher. Si elle descend à cinq bobines avec un séchage limité, l’écart avec l’AMS 2 Pro sera plus difficile à justifier.

Il faut d’ailleurs garder un œil sur le reste de l’écosystème Bambu Lab, qui bouge vite en ce moment. Le premier scanner 3D de la marque, le S1, est lui aussi attendu en novembre, et les recoupements FCC se multiplient depuis septembre. J’avais détaillé ce dossier dans mon article sur le scanner 3D Bambu Lab S1, et la logique est identique : des documents publics, peu de communication officielle, et une communauté qui reconstitue la gamme avant l’annonce.

❓ FAQ : AMS 3H et AMS 3P, les questions qui reviennent

L’AMS 3H est-il officiellement annoncé par Bambu Lab ?

Non. À ce jour, Bambu Lab n’a publié aucune fiche produit ni aucun communiqué sur l’AMS 3H. Tout ce que je décris ici provient des dossiers publics déposés à la FCC le 21 septembre 2026, sous les identifiants 2A6J8-SA017 et 2A6J8-SA018, ainsi que des rapports de test du laboratoire Bay Area Compliance Laboratories. Ce sont des documents officiels, mais ils ne constituent pas une annonce commerciale.

Combien de bobines l’AMS 3H peut-il vraiment gérer ?

Le rapport de test évoque sept antennes de bobine, ce qui laisse penser à sept emplacements. C’est la lecture la plus cohérente avec l’architecture des AMS actuels, où chaque bobine possède sa propre lecture RFID. Aucun document public ne confirme cependant le nombre exact de couleurs imprimables simultanément, et c’est justement la question que je poserai au lancement du 3 novembre.

Quelle différence entre l’AMS 3H et l’AMS 3P ?

L’AMS 3H affiche une entrée secteur de 100-120 V pour 200 W et sept antennes, ce qui suggère un caisson chauffé. L’AMS 3P se contente d’une alimentation 24 V et 1 A et de cinq antennes, sans chauffage apparent. Le premier a été testé avec un H3C, le second avec un P3C : ce sont deux modules pensés pour deux imprimantes différentes, l’AMS 3H pour le haut de gamme chauffant, l’AMS 3P pour le volume sans séchage.

Faut-il attendre l’AMS 3H avant d’acheter un AMS 2 Pro ?

Si tu imprimes surtout du PLA, du PETG et de l’ASA en quatre couleurs, l’AMS 2 Pro à 299,60 euros reste un choix rationnel, disponible tout de suite et déjà compatible avec les machines actuelles. Si tu enchaînes les matériaux techniques et que tu manques d’emplacements, l’attente se justifie : l’AMS 3H pourrait supprimer le besoin d’un AMS HT séparé. Tout dépendra du prix annoncé et de la compatibilité réelle avec ta machine.

Johan

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🔗 Sources

Crédits visuels : les étiquettes, les schémas et l’extrait de rapport proviennent des dossiers publics FCC 2A6J8-SA017 et 2A6J8-SA018, déposés par Shenzhen Tuozhu Technology. Les photos de l’AMS 2 Pro et de l’AMS HT sont des visuels revendeur, utilisés pour illustrer la gamme actuelle. Le graphique a été construit à partir des chiffres cités, sans estimation.