Stefan Hermann, l’ingénieur derrière la chaîne CNC Kitchen, a sorti le 21 octobre 2026 un outil que j’attendais sans le savoir : ScanRuler. En un après-midi, il vient de rendre gratuit ce qui coûtait jusqu’ici plusieurs milliers d’euros de licence. ScanRuler, c’est une application qui s’ouvre dans ton navigateur, qui avale un scan 3D et qui te dit si la pièce est aux cotes. Pas d’installation, pas de compte, pas d’envoi de fichier sur un serveur. J’ai passé la soirée dessus avec un moyeu imprimé en PLA, et le résultat m’a scotché.

⚡ L’essentiel à retenir

  • ScanRuler est un outil gratuit et open source (AGPL-3.0) publié le 21 octobre 2026 par CNC Kitchen.
  • Il mesure un scan 3D dans le navigateur : rien ne quitte ton ordinateur.
  • Trois ateliers : éléments et cotes, carte de déviation par rapport à un modèle CAO, épaisseur de paroi.
  • Un serveur MCP permet à Claude Code, Codex ou Cursor de piloter l’outil tout seul.
  • Mon test : 0,12 mm de matière en trop dans un alésage, détecté du premier coup.

ScanRuler, l'outil gratuit de CNC Kitchen pour mesurer un scan 3D dans le navigateur

🎯 ScanRuler, le pied à coulisse qui manquait au scan 3D

Dans l’atelier, un scanner 3D sert à deux choses. La première, numériser un objet pour le réimprimer. La seconde, beaucoup plus sérieuse, vérifier qu’une pièce sortie de l’imprimante respecte vraiment le modèle. Et c’est là que tout se complique. Un maillage, ça se regarde, ça ne se mesure pas. Tu peux tourner autour pendant une heure, tu ne sauras jamais si ton alésage fait 11,9 ou 12,1 mm.

Jusqu’à hier, la réponse s’appelait GOM Inspect, PolyWorks ou un module de métrologie payant. Des logiciels qui font très bien le travail, mais qui coûtent le prix d’une voiture d’occasion et qui demandent une station de travail. ScanRuler prend le problème par l’autre bout : un onglet Chrome, un glisser-déposer, et des cotes en millimètres.

Le principe est simple et c’est ce qui fait sa force. Tu charges ton scan, tu cliques sur une surface, et l’outil ajuste tout seul la sphère, le cylindre ou le plan qui correspond. Ensuite tu mesures ce que tu veux entre ces éléments. Exactement la logique de GOM Inspect, en version navigateur et gratuite.

🧪 Mon test : un moyeu imprimé passé au crible

Je ne voulais pas écrire un article sur une capture d’écran marketing. Alors j’ai fabriqué une pièce de test : un moyeu de 80 mm de diamètre, avec un bossage de 32 mm et un alésage central de 12 mm. J’ai généré le maillage nominal, puis j’ai volontairement injecté des défauts dans une copie pour simuler un vrai scan : alésage 0,12 mm trop petit par rayon, bossage très légèrement conique, face d’appui bombée de 0,09 mm et dessus du bossage 0,15 mm trop haut. Bref, une pièce plausible, avec les erreurs qu’on retrouve sur une imprimante FDM mal réglée.

ScanRuler : alésage ajusté à 11,761 mm dans l'atelier 3D Measure sur un moyeu imprimé en 3D

Premier clic sur la paroi de l’alésage. ScanRuler ajuste un cylindre et affiche : diamètre 11,761 mm, sigma 0,0250 mm, cylindricité 0,1496 mm, longueur 25,989 mm, arc 359 degrés, 3 366 points retenus sur 3 399. Le défaut que j’avais glissé ressort au dixième : il manque 0,24 mm sur le diamètre, soit 0,12 mm de matière par rayon. ScanRuler a trouvé mon vice en un clic.

Deuxième clic, sur la face d’appui de la bride. Le plan sort avec un sigma de 0,0349 mm et une planéité de 0,1957 mm sur une zone de 74,67 mm sur 74,67 mm. Là encore, c’est cohérent avec le bombé que j’avais mis. Et surtout, ces chiffres ne sont pas des promesses de fiche produit, ce sont mes mesures, sur ma pièce, dans mon atelier.

💡 Mon conseil de terrain : commence toujours par mesurer une cote que tu connais déjà. Un alésage dont tu es sûr, un diamètre de moyeu. Si ScanRuler te sort la bonne valeur sur cette référence, tu peux faire confiance au reste de la séance. Si ça dérape, c’est ton scan qui est mauvais, pas l’outil.

Le point qui m’a le plus surpris, c’est la vitesse. Le maillage fait 36 960 triangles, et l’ajustement du cylindre est instantané. Pas de calcul serveur, pas de barre de progression interminable. Tout tourne dans le navigateur, sur le processeur de ton portable.

📐 Un logiciel de métrologie en trois ateliers

ScanRuler n’est pas un seul outil, c’est une suite de six ateliers qui partagent le même modèle chargé. Et c’est cette cohérence qui change tout, parce qu’on passe de l’un à l’autre sans réexporter le moindre fichier.

Le premier atelier, c’est celui des éléments. Tu y ajustes des sphères, des cylindres et des plans, mais aussi des cônes, des cercles, des tores. Tu construis ensuite des points, des lignes et des plans à partir de ces éléments, exactement comme dans un logiciel de métrologie. Chaque élément te donne son sigma, c’est-à-dire l’écart RMS entre le scan et la géométrie idéale, et son erreur de forme : planéité, cylindricité, sphéricité, circularité. Ce sont les fameuses tolérances GD&T que les bureaux d’études réclament.

ScanRuler : carte de déviation d'un scan 3D comparé au modèle CAO nominal, échelle en millimètres

Le deuxième atelier, la déviation, est celui qui m’a fait lever un sourcil. Tu charges ton modèle CAO nominal, en maillage ou en STEP, et ScanRuler te peint la pièce selon l’écart. Vert quand c’est dans les clous, jaune quand ça commence à déraper, rouge quand c’est dehors. Sur mon moyeu, la carte affiche un RMS de 0,0722 mm, un minimum à moins 0,106 mm, un maximum à plus 0,231 mm, et 72 pour cent des points dans la tolérance de plus ou moins 0,100 mm. L’outil compare 18 900 points sur 18 900, en 70 passes d’alignement.

Il y a même une animation de déformation, une vue éclatée scan contre référence, et la possibilité de fixer des lectures au clic. C’est du niveau d’un rapport de contrôle dimensionnel, sans le prix du rapport.

ScanRuler : mesure de l'épaisseur de paroi d'une pièce imprimée en 3D, sans modèle de référence

Le troisième atelier mesure l’épaisseur de paroi sans aucun modèle de référence. Là, tu charges juste ton scan et tu demandes l’épaisseur. Sur mon moyeu, l’outil annonce un minimum de 5,904 mm, un maximum de 24,566 mm, une moyenne de 8,235 mm, et il a mesuré 13 823 points sur 18 900. Pour un objet imprimé en plusieurs parois, c’est le moyen le plus rapide que je connaisse de repérer un congé trop mince avant de casser une pièce.

🔍 Mesure 2D, STEP et reconstruction : la partie qui rend l’outil sérieux

Il y a deux ateliers bonus que je n’attendais pas dans un outil gratuit. Le premier s’appelle mesure 2D : tu scannes une pièce à plat sur un scanner de bureau, tu ouvres l’image, et tu ajustes des points, des lignes et des cercles sur ses arêtes comme sous un microscope de mesure. À 600 dpi, un pixel vaut 42 micromètres. Les résultats sortent en SVG, DXF ou CSV, ce qui veut dire que ça rentre directement dans ton flux de CAO.

ScanRuler : atelier 2D Measure pour mesurer une pièce scannée à plat à 600 dpi

Le second atelier s’appelle reconstruction, et c’est là que ScanRuler sort du registre du gadget. L’outil embarque un vrai noyau CAO, OCCT 8.0.1 compilé en WebAssembly, avec esquisse, extrusion, révolution, perçage, coque, congé, chanfrein, balayage et lissage. Tu peux reconstruire une pièce à partir de ton scan, exporter le corps en STEP, puis revenir dans l’atelier de déviation pour vérifier ta reconstruction contre le scan d’origine. C’est exactement le cycle de la rétro-conception, celui qu’on facture très cher dans un bureau d’études.

ScanRuler : atelier Reverse Engineer avec noyau CAO OCCT pour reconstruire et exporter en STEP

Pour situer le niveau de précision, un détail rapporté par 3Druck.com m’a convaincu. Sur une barre étalon, l’entraxe mesuré par ScanRuler donnait 148,639 mm, quand GOM Inspect annonçait 148,64 mm. Quatre millièmes de millimètre d’écart entre un onglet de navigateur et un logiciel industriel.

🤖 L’agent IA qui pilote ScanRuler à ta place

La nouveauté du 21 octobre ne s’arrête pas aux mesures. CNC Kitchen a publié un serveur MCP, le protocole qui permet à un agent IA d’utiliser un logiciel. Concrètement, tu installes le serveur avec une commande, et ton agent peut ouvrir ScanRuler, charger un scan, ajuster des éléments, ajouter des cotes et sortir un rapport. La commande tient en une ligne, sous Node 22 ou plus récent.

Ce qui me plaît, c’est la philosophie. Chaque action de l’agent est une étape de l’historique du navigateur, donc tu peux annuler n’importe laquelle. Tu vois l’agent travailler à l’écran, étape par étape, dans l’onglet ouvert devant toi. Rien ne se passe en coulisse. Et le scan ne transite pas par le serveur d’un modèle : il va de ton disque à ton navigateur, comme quand tu l’ouvres à la main.

Les agents supportés sont ceux du moment : Claude Code, Codex, Claude Desktop et Cursor. Il y a même un mode sans navigateur, pour lancer l’outil en ligne de commande sur un serveur, et un mode local pour Safari ou pour travailler hors ligne. Pour un atelier qui automatise des contrôles qualité en série, ça ouvre des portes que je n’avais pas vues venir.

⚠️ Ce que ScanRuler ne fera pas pour toi

Il faut remettre l’outil à sa place, parce qu’un logiciel gratuit qui mesure ne rend pas un mauvais scan bon. Voici les limites que j’ai rencontrées ou lues noir sur blanc.

1. Il mesure, il ne répare pas. Si ton scan est bruité, troué ou avec des marqueurs mal nettoyés, ScanRuler te sortira des cotes fausses avec beaucoup d’aplomb. La qualité du maillage reste ton problème.

2. Les nuages de points ne sont pas encore acceptés. Il faut un maillage, donc STL, PLY ou OBJ avec des faces, et des unités en millimètres. Le support des PLY sans faces est sur la feuille de route, pas dans la version du jour.

3. Les pièces trop symétriques peuvent tromper l’alignement. ScanRuler me l’a dit lui-même pendant mon test : un autre point de départ s’ajustait presque aussi bien, et la pièce était peut-être assez symétrique pour se caler à l’envers. C’est honnête de la part de l’outil, mais ça veut dire qu’il faut vérifier l’orientation à l’œil avant de croire un chiffre.

4. La licence AGPL est stricte. Tu peux utiliser, modifier et héberger ScanRuler librement. En revanche, si tu distribues ta version ou si tu la sers sur un réseau, tu dois publier ton code. CNC Kitchen vend des exceptions commerciales pour ceux qui veulent intégrer l’outil dans un produit fermé.

🔓 Pourquoi je trouve ce coup de CNC Kitchen très fort

Derrière ScanRuler, il y a un choix économique que je trouve malin. L’outil est gratuit, financé par la boutique de CNC Kitchen et les dons. Le dépôt GitHub, créé le 13 août 2026, comptait 56 étoiles et 9 forks au moment où j’écris, avec 159 commits et la version 0.6.3 poussée la veille. Autrement dit, un projet déjà mature, mais encore jeune, qui va évoluer vite.

Le dépôt GitHub de ScanRuler sous licence AGPL-3.0, avec 56 étoiles et 9 forks

La feuille de route annonce des ajustements Chebyshev, des cônes et des lumières, les tolérances de position et de battement, l’export du scan colorisé, et le support des nuages de points. Tout ça dans un outil que tu ouvres avec une URL.

🛠️ Comment je l’intègre dans mon flux d’atelier

Mon usage est simple, et il tient en quatre étapes. Je scanne la pièce d’origine avec mon scanner de poche, celui dont je te parlais dans l’article sur le Creality Pika. J’ouvre ScanRuler, je charge le maillage, et je mesure les cotes qui m’intéressent : alésages, entraxes, épaisseurs. Je redessine dans mon logiciel de CAO, j’imprime, puis je rescanne et je compare pour vérifier que le rétrofit est bon.

Cette dernière étape, avant, je la faisais à l’œil, avec un pied à coulisse et beaucoup de bonne volonté. Maintenant j’ai une carte de déviation qui me dit où j’ai merdé. Sur une pièce de rechange de machine, c’est la différence entre un bricolage qui tient six mois et une réparation propre.

Si tu débutes en numérisation et que tu cherches encore de quoi scanner, j’ai aussi détaillé les scanners de métrologie qui montent en gamme, comme l’Artec Neo et son 0,025 mm, ou le Bambu Lab S1 qui arrive en novembre. ScanRuler, lui, ne remplace aucun de ces scanners. Il rend juste leur production enfin vérifiable.

🔥 Le détail qui tue : ScanRuler lit aussi tes références CAO au format STEP, et il les tesselle dans le navigateur. Tu n’as donc pas besoin d’exporter un STL de ton modèle nominal avant de comparer. Tu déposes le fichier STEP du bureau d’études, et la comparaison se lance.

❓ FAQ : ScanRuler en questions

ScanRuler est-il vraiment gratuit ?

Oui, entièrement gratuit et sans compte. L’outil s’ouvre sur scanruler.com, il est publié sous licence AGPL-3.0 et son code est sur GitHub. CNC Kitchen propose des dons et vend des exceptions commerciales pour les entreprises qui veulent l’intégrer dans un produit fermé. Aucune fonction de mesure n’est bloquée derrière un abonnement, ce qui est assez rare pour être souligné.

Mes fichiers de scan sont-ils envoyés sur un serveur ?

Non. ScanRuler traite tout localement, dans l’onglet de ton navigateur. Tes maillages ne quittent pas ton ordinateur, même quand tu utilises le serveur MCP : le scan va de ton disque à ton navigateur via une connexion locale. Seuls les chiffres lus par un agent IA partent vers le fournisseur du modèle, comme n’importe quel texte qu’on lui donne.

Quels formats de fichiers ScanRuler accepte-t-il ?

Pour le scan, il lit les maillages STL, PLY et OBJ, avec des unités supposées en millimètres. Pour le modèle de référence de l’atelier de déviation, il accepte un maillage ou un fichier STEP. La mesure 2D travaille sur des images PNG ou JPEG issues d’un scanner à plat. L’export se fait en STEP pour la géométrie ajustée, et en SVG, DXF ou CSV pour la mesure 2D.

Faut-il un ordinateur puissant pour faire tourner ScanRuler ?

Pas spécialement. Tout le calcul se fait dans le navigateur, sur le processeur, et mon maillage de 36 960 triangles s’ajustait instantanément sur une machine de bureau ordinaire. Ce qui compte surtout, c’est la taille de ton scan : un maillage de plusieurs millions de triangles demandera plus de mémoire. Pour un usage d’atelier, un portable récent avec 16 Go de RAM suffit largement.

🔗 Sources

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On y partage nos réglages, nos ratés et nos fichiers. C’est gratuit, c’est ouvert, et il y a toujours quelqu’un pour te débloquer un scan à 23 h : discord.gg/vJRTMFtnGV

Johan

Demain matin, une nouvelle actu maker. Et d’ici là, prends la pièce imprimée la plus banale de ton établi : mesure-la. Tu risques d’avoir une surprise.