Il y a des annonces qui me laissent de marbre, et puis il y a le Make for Good. Bambu Lab vient de lancer, sur MakerWorld, un défi de conception 3D mondial entièrement dédié à l’accessibilité : 24 briefs, 7 organisations spécialisées, quatre mois pour accoucher d’objets qui finiront vraiment entre les mains de quelqu’un. Pas un coup de com avec un joli visuel et rien derrière. Dans mon atelier, c’est exactement le genre de projet qui redonne du sens à une machine qui passe ses journées à imprimer des benchies.
Le principe du Make for Good est simple à résumer et beaucoup plus dur à exécuter : des associations qui travaillent au quotidien avec des personnes en situation de handicap écrivent des cahiers des charges ultra précis, et la plus grosse communauté de makers du monde planche dessus de septembre à décembre 2026. Chaque brief part d’un geste qui bloque, d’un objet qui ne se laisse pas attraper, d’une tâche que la personne doit déléguer à quelqu’un d’autre. Et la réussite se mesure à une chose : est-ce que la personne peut le faire seule, sans demander.
🎯 Make for Good en chiffres : 24 briefs, 7 organisations, 4 mois
Le Make for Good en résumé
🎯 24 briefs de conception, écrits à partir de besoins réels et nominatifs
🤝 7 organisations partenaires sur trois continents
🗓️ Septembre à décembre 2026 : deux mois de soumissions, un mois de tests par les partenaires
🌍 Diffusion des fichiers gagnants dans des bibliothèques open source, via des réseaux bénévoles présents dans plus de 70 pays
🏅 Nouveaux badges de réussite créateur attribués aux participants éligibles sur MakerWorld
C’est la première fois que MakerWorld organise sa communauté autour d’un ensemble coordonné de besoins, définis directement par des personnes handicapées et par les structures qui les accompagnent. Jusqu’ici, ce genre d’initiative existait, mais en ordre dispersé : un fablab qui bricole une solution pour un voisin, une association qui republie trois fichiers STL, puis plus rien pendant des mois.

Le Make for Good change l’échelle. On ne parle plus d’un atelier isolé mais d’une mécanique où chaque partenaire possède un morceau du processus : l’un apporte le besoin, l’autre la méthode de conception, le troisième les bénévoles qui impriment, le quatrième la logistique qui livre. C’est cette répartition des rôles qui rend le projet crédible à mes yeux, parce que Bambu Lab n’essaie pas de jouer les experts de l’accessibilité : la marque apporte la plateforme, la communauté et l’impression, et elle laisse le soin aux spécialistes de dire ce qu’il faut fabriquer.
🤝 Qui pilote le Make for Good : les 7 partenaires
Le casting est sérieux, et surtout il n’est pas décoratif. Chaque association a un rôle opérationnel, avec des chiffres qui parlent d’eux-mêmes.
Ayúdame3D, en Espagne, fabrique et offre des prothèses de bras imprimées en 3D depuis 2017, ses fameux Trésdesis. Leur bilan : plus de 670 prothèses livrées gratuitement, plus de 30 000 personnes aidées et une présence dans 70 pays. Sur le Make for Good, l’association porte la promotion du défi en Espagne et se charge d’envoyer les appareils gagnants vers des communautés du monde entier, Afrique comprise.

The Emerging Tech Lab, rattaché au Rancho Los Amigos National Rehabilitation Center aux États-Unis, est là pour que les designs collent aux habitudes de vie réelles des utilisateurs. C’est le laboratoire qui fabrique déjà des pinces qui ne demandent pas de serrer la poignée, ou des rangements pensés pour les personnes en fauteuil qui n’arrivent pas à attraper téléphone, portefeuille ou clés.
e-NABLE France s’occupe de la francophonie. Le réseau revendique plus de 450 bénévoles et plus de 200 mains imprimées en 3D déjà ajustées à des utilisateurs. Autant dire que la France est directement dans la boucle du Make for Good, et que les makers francophones ont un interlocuteur naturel pour poser leurs questions.
MakeGood, aux États-Unis, apporte la recherche utilisateur et l’expérience terrain. Depuis 2021, la structure distribue gratuitement des appareils sur mesure, dont le Toddler Mobility Trainer, un fauteuil roulant entièrement imprimé en 3D pour les jeunes enfants.
Makers Making Change, le programme de la Neil Squire Society au Canada, fait le lien avec sa bibliothèque open source de plus de 200 appareils d’assistance. Plus de 30 000 appareils ont déjà été livrés grâce à environ 40 000 bénévoles. Les créations retenues dans le défi pourront rejoindre ce catalogue, ce qui veut dire qu’elles ne finiront pas dans un tiroir numérique.
PrintLab, au Royaume-Uni, apporte un outillage de design centré utilisateur rodé depuis 2020 sur ses propres concours d’accessibilité. Et Rightfooted Foundation International, également aux États-Unis, fournit des briefs issus de la communauté des personnes nées avec une différence de membre, avec le travail mené aux côtés de Jessica Cox. C’est aussi elle qui s’assure que les modèles finis arrivent physiquement chez les bonnes personnes.
🦶 Derrière chaque brief du Make for Good, une vraie personne
C’est le point qui rend le Make for Good différent d’un concours de design classique. Chaque brief décrit un obstacle du quotidien, identifié avec des utilisateurs réels. Le cas de Jessica Cox est le plus parlant : née sans bras, elle utilise ses pieds pour tout. Enfiler la première chaussette avec un pied nu, ça va. La seconde devient un problème, parce que couvrir un pied lui retire le frottement nécessaire pour tirer le tissu par-dessus l’autre talon.

Même logique pour la promenade de son chien d’assistance : elle ramasse avec le pied, mais n’a aucun moyen de porter le sac ensuite sans le coincer sous son menton. Et pour attacher un casque de vélo, elle doit s’asseoir par terre pour aligner la boucle à l’aveugle, à tâtons. Trois besoins minuscules, trois briefs parfaitement cadrés pour des gens qui savent modéliser et imprimer.
Au Rancho Los Amigos, ce sont souvent ces micro-moments qui déclenchent une idée. Reprendre un objet tombé par terre devient une galère quand la pince classique exige de serrer une poignée. Ranger et récupérer un téléphone depuis un fauteuil roulant relève du parcours du combattant. Ce sont des situations banales qui inspirent des solutions simples, et c’est exactement le terrain de jeu d’un maker équipé d’une imprimante 3D.
Qianye, responsable des créateurs chez MakerWorld, résume la philosophie du Make for Good sans détour : « Ce ne sont pas des utilisateurs hypothétiques. Jessica promène déjà son chien. Quelqu’un dans un service de Rancho fait déjà tomber un objet et doit déjà demander à un inconnu de le ramasser. La question pour les makers est très petite et très précise : peux-tu imprimer la pièce manquante pour que cette personne n’ait plus à demander ? »
🍳 Ce que les makers doivent vraiment concevoir sur le Make for Good
Les 24 briefs balayent la cuisine, la salle de bain et les loisirs. Côté cuisine, Ayúdame3D demande une brosse à dents qui n’a pas besoin d’être pincée, ainsi qu’un outil pour attacher une queue de cheval d’une seule main. e-NABLE France veut un kit de cuisine à une main. Makers Making Change cherche un support d’aiguille à tricoter pour les personnes ayant survécu à un AVC, un médiator de guitare qui reste en place avec une prise limitée, et un aide-bouchon de marqueur qu’un enseignant seul peut utiliser.

PrintLab vise le jeu : un jeu de société qu’un enfant atteint de paralysie cérébrale peut utiliser avec ses copains. La contrainte est maligne, parce qu’il doit ressembler à un vrai jeu et pas à du matériel de rééducation. MakeGood, de son côté, réclame un support de raquette de pickleball pour les joueurs dont la force de préhension au bras et à la main est réduite, et qui veulent simplement jouer avec leurs amis.
Cette exigence esthétique traverse tout le Make for Good : l’accessibilité doit être intégrée au plaisir et à la fonction, pour que l’objet donne envie d’être utilisé. Fini les gros supports gris estampillés matériel médical qui hurlent « je suis un appareil de handicapé ». Un objet réussi, c’est un objet qu’on pose sur la table sans avoir l’impression d’exposer son dossier médical, et qu’on peut installer, utiliser puis ranger soi-même de bout en bout.
Autre précision utile : le défi est ouvert à tout type de handicap, à condition que le besoin soit clairement décrit. Et un projet déjà existant peut être soumis, s’il est adapté pour répondre à un brief précis et que les modifications sont documentées. Autrement dit, si tu as déjà modélisé un support de couverts ou un système d’ouverture adapté, tu peux le retravailler pour coller à un brief du Make for Good au lieu de repartir de zéro.
⏱️ Comment le Make for Good se déroule, du fichier STL à la main de l’utilisateur
Le calendrier est en trois temps, et c’est ce qui distingue ce concours d’un vulgaire upload de fichiers. Les deux premiers mois, la communauté MakerWorld soumet ses designs. Ensuite, les sept organisations partenaires prennent un mois entier pour imprimer les modèles présélectionnés et les tester directement avec les personnes nommées dans les briefs. Certains partenaires vont jusqu’à livrer les impressions aux utilisateurs pour de vrai, dans le cadre de l’évaluation.

Ce retour de test pèse dans les résultats finaux, et ça change tout pour un maker : ton design n’est pas jugé sur la propreté d’un rendu dans le slicer, mais sur le fait qu’il tienne le choc entre les mains d’une personne qui en a réellement besoin. Un support qui claque au bout de trois utilisations, une surface trop glissante, une vis qui se dessert : ça se voit tout de suite en conditions réelles.
Les fichiers gagnants rejoindront ensuite des bibliothèques open source et seront diffusés par les réseaux bénévoles que les partenaires animent déjà dans plus de 70 pays. Sur le Make for Good, le succès ne se mesure pas en nombre de téléchargements mais en scènes de vie : une personne qui avait rangé son jeu de société parce qu’elle n’arrivait pas à manipuler les pièces se rassoit pour jouer, une queue de cheval attachée sans aide, une deuxième chaussette enfilée sans se battre. Côté Bambu Lab, on l’assume : une douzaine de moments comme ceux-là d’ici décembre suffirait à considérer que le défi a fait ce qu’il devait faire.
🖨️ Pourquoi le Make for Good peut marcher là où d’autres ont échoué
Le mariage entre impression 3D et appareils d’assistance n’a rien de nouveau, et c’est justement pour ça que je regarde le Make for Good avec un peu de recul. Les précédents existent : en 2015, Thingiverse organisait déjà un concours dédié aux technologies d’assistance, après un makeathon de la baie de San Francisco qui avait produit des prototypes comme un bras préhenseur actionné à la bouche. B9Creations, de son côté, s’est associé à Black Hills Works pour imprimer des couverts adaptés, des poignées de fauteuil roulant et des outils médicaux portables pour plus de 600 personnes en situation de handicap.

Le problème de ces initiatives, ce n’est jamais la technologie. Une pièce sur mesure pour une seule personne, c’est exactement ce que l’impression 3D fait mieux que l’injection plastique : pas de moule, pas de série minimale, un coût qui reste ridicule. Le vrai point de friction, c’est la logistique. Il faut une personne qui a besoin de quelque chose, une personne qui sait modéliser, une imprimante qui tourne, et quelqu’un pour livrer et ajuster. Si un seul maillon manque, le fichier reste sur un serveur et l’utilisateur reste bloqué.
Ce que tente le Make for Good, c’est de transformer cette rencontre ponctuelle en structure permanente : les associations apportent le besoin, MakerWorld apporte la portée. La marque résume la situation ainsi : le matériel n’est plus la barrière principale depuis que des imprimantes accessibles ont fait chuter le coût et la difficulté de l’impression 3D. Et honnêtement, c’est vrai : quand on voit ce que sort une machine à 300 euros aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si un particulier peut imprimer un appareil d’assistance, mais s’il sait quoi imprimer.
💡 Mon avis de maker sur le Make for Good (et mes conseils techniques)
Alors, est-ce que je vais participer ? Clairement, oui, au moins pour tenter un brief. Mais avant de balancer un STL dans la foulée, il y a quelques réalités d’atelier qu’un brief bien écrit ne dit pas forcément, et qui font la différence entre un design qui gagne et un design qui casse.
Premier réflexe : choisir le matériau en fonction du contact avec la peau et du nettoyage. Sur un objet qui va vivre dans une salle de bain ou une cuisine, j’évite le PLA, trop sensible à la chaleur, à l’humidité et aux détergents. Je pars plutôt sur du PETG, qui encaisse les lavages répétés, ou sur de l’ASA quand l’objet reste dehors. Et si la pièce fait office d’embout dans la bouche, comme sur une brosse à dents adaptée, la sécurité alimentaire et l’absence de post-traitement chimique passent avant l’esthétique.

Deuxième point : penser en gestes, pas en volume. Un objet qui exige de la précision au millimètre pour être saisi ou installé est déjà un objet raté sur un Make for Good. Je cherche des formes qui pardonnent : surfaces larges, chanfreins partout, aucun support à arracher dans une zone de préhension. Quand un design est destiné à une main ou à un pied qui n’a pas une motricité fine parfaite, une impression en couches fines sur la zone de contact change complètement la sensation, sans coûter une heure de plus.
Troisième point : intégrer le rangement et la propreté dès la modélisation. C’est ce que répètent les organisations partenaires, et c’est facile à oublier quand on modélise pour soi. Un appareil qu’on ne peut pas laver, suspendre ou ranger d’une main est un appareil qui finira au fond d’un tiroir. Sur le Make for Good, un aimant noyé dans la pièce ou une encoche de crochet vaut souvent plus de points qu’une finition brillante : c’est du concret, pas du rendu.
Quatrième point : tester, encore et encore, avec une contrainte que l’on n’a pas choisie. Si tu n’as pas accès à la personne concernée, imprime la pièce et fais-la utiliser par quelqu’un qui joue le jeu, avec une seule main, dans la vraie pièce de la maison. Sur les précédents concours d’accessibilité, la plupart des designs éliminés ne péchaient pas par manque d’idées mais par manque de mise en situation. Un brief lu vite donne un objet qui existe, une mise en situation donne un objet qui marche.
Cinquième point, le plus important : garder en tête ce que mesure vraiment le Make for Good. Ni le nombre de likes, ni la qualité du time-lapse de print. Le critère, c’est une personne qui n’a plus besoin de demander. Si ton design tient cette promesse, il a déjà gagné sa place dans la bibliothèque open source, quels que soient les résultats du concours.
❓ FAQ : tout savoir sur le Make for Good
Qui peut participer au Make for Good ?
Le Make for Good est ouvert à tout le monde, du moment que la conception répond clairement à l’un des 24 briefs publiés par les partenaires. Aucune condition d’ancienneté ni de niveau. Un maker qui n’a jamais modélisé de pièce adaptée peut participer : les briefs sont justement écrits pour être compréhensibles par des gens qui impriment, pas par des ergothérapeutes. Un projet déjà existant est accepté s’il est adapté au brief et que les modifications sont documentées.
Faut-il une imprimante Bambu Lab pour participer ?
Non. Le Make for Good est organisé sur MakerWorld, la plateforme de modèles de Bambu Lab, mais la soumission se fait à partir de fichiers 3D. Une Prusa, une Creality, une Elegoo ou une machine montée à la main permettent de tester un design et de le publier. Cela dit, travailler sur une machine récente facilite la vie : matière disponible, profil de tranchage validé et impression en série quand il faut produire dix variantes d’une pièce.
Combien de temps dure le Make for Good ?
Le Make for Good s’étale de septembre à décembre 2026. Les deux premiers mois servent aux soumissions de la communauté, puis les sept organisations partenaires passent un mois à imprimer et tester les modèles présélectionnés avec les personnes concernées. Les résultats finaux sont annoncés après ces tests, et les fichiers gagnants rejoignent ensuite des bibliothèques open source distribuées dans plus de 70 pays.
Que deviennent les fichiers gagnants du Make for Good ?
Les créations retenues sont publiées en open source. Makers Making Change, par exemple, pourra les intégrer à sa bibliothèque de plus de 200 appareils d’assistance, pour que son réseau de bénévoles les imprime et les distribue. Les partenaires se chargent aussi de faire parvenir les impressions à des utilisateurs réels, y compris dans des communautés à l’étranger. Un design retenu sur le Make for Good ne reste donc pas enfermé dans un concours.
🔗 Sources et liens utiles
Pour creuser le Make for Good directement à la source, voici ce que j’ai lu avant d’écrire cet article :
👉 L’annonce officielle du Make for Good sur le blog de Bambu Lab, avec le détail du rôle de chaque partenaire.
👉 La page de participation et de suivi du défi : Make for Good : Accessibility Design Contest sur MakerWorld.
👉 Les 24 briefs de conception, à lire avant de dessiner quoi que ce soit.
👉 L’analyse du lancement par 3D Printing Industry, qui replace l’initiative dans l’histoire des concours d’assistance.
👉 Le programme Makers Making Change et ses bibliothèques de fichiers open source.
👉 Ayúdame3D et ses prothèses Trésdesis imprimées en 3D.
Sur le même terrain, deux de mes articles précédents complètent bien le sujet : AMS vs Tool Changer si tu veux comprendre comment imprimer plusieurs matières ou couleurs dans une pièce technique, et Brevets Bambu Lab pour la face moins reluisante de la stratégie de la marque. J’ai aussi détaillé le Bambu Lab R1 pour ceux qui hésitent encore entre imprimante et graveur laser.
💬 On en parle sur le Discord Le CréAtelier
Tu veux qu’on décortique un brief du Make for Good ensemble, modéliser ta première pièce adaptée ou juste partager tes impressions ? Je suis tous les jours sur le Discord, avec la communauté : discord.gg/vJRTMFtnGV
À très vite dans l’atelier,
Johan




