Il y a un kit qui fait jaser toute la communauté en ce moment, et pour une fois ce n’est pas du côté de Bambu Lab : c’est le Prusa INDX, le système de changement d’outil imaginé par Bondtech et intégré par Prusa Research dans sa gamme CORE One. Huit buses indépendantes sur une seule imprimante fermée, environ 12 secondes par changement de couleur, et un chiffre qui m’a fait relire la fiche technique deux fois : 0,013 g de purge.

J’ai épluché les pages officielles, les notes de Prusa sur l’avancement du projet et le test très cash publié par Thomas Sanladerer sur sa chaîne Made with Layers. Le Prusa INDX raconte une histoire passionnante, et aussi un peu gênante. Celle d’un outil qui promet d’enterrer le gaspillage de filament, mais qui demande encore quelques correctifs avant d’être aussi tranquille qu’un XL bien réglé.

Dans mon atelier, je n’ai pas encore le kit entre les mains, puisque les nouvelles commandes ne partent qu’en janvier 2027. Je te livre donc l’analyse la plus honnête possible : ce que Prusa promet noir sur blanc, ce que le terrain remonte déjà, et ce que ça changerait concrètement dans ta façon d’imprimer.

Graphique Prusa INDX : gaspillage de filament et temps perdu par changement face aux buses uniques

🖨️ Le Prusa INDX, c’est quoi exactement ?

Oublie la logique de l’AMS ou du MMU, qui consiste à tirer et retirer le même filament dans une seule buse. Ici, sur le Prusa INDX, chaque matériau a sa propre tête, sa propre buse, et son propre chemin. Le Prusa INDX est un toolchanger : la tête active vient chercher un outil passif garé sur son dock, l’utilise, puis le repose.

Concrètement, Prusa vend deux configurations : un kit de conversion à 4 outils, et une version 8 outils. Le kit de conversion existe bien, parce que tu n’achètes pas une nouvelle imprimante : tu greffes la mécanique sur une CORE One+ que tu possèdes déjà. Ta plaque d’impression, tes profils PrusaSlicer et ton Prusa Connect continuent de fonctionner sans rien changer.

Les chiffres clés du Prusa INDX
Jusqu’à 8 outils passifs sur une CORE One+, buses de 0,25 à 1,0 mm, 300 °C maximum, changement d’outil d’environ 12 secondes, purge de 0,013 g par changement, calibration automatique en 15 secondes par outil, volume utile de 248 × 205 × 270 mm une fois le kit installé.

Prusa INDX : la CORE One+ avec ses outils garés sur les docks, vue officielle

Le principe des têtes passives est malin. Une tête passive, ça veut dire aucune électronique embarquée, aucun moteur supplémentaire, aucune carte à multiplier quand tu passes de 4 à 8 outils. Tu ajoutes une buse et un dock, point. Une seule tête est active sur la machine, et c’est elle qui porte la bobine d’induction qui chauffe la buse qu’elle vient de saisir.

À l’usage, ça ouvre des portes qu’une buse unique ne peut pas franchir. Tu peux imprimer une poignée en TPU directement sur une pièce en PETG, sortir des supports solubles dans un matériau dédié, garder une buse de 0,25 mm pour les miniatures et une 0,8 mm pour les gabarits, tout ça dans la même session. C’est exactement le débat que j’avais détaillé dans mon comparatif entre un AMS classique et un vrai tool changer, et le Prusa INDX vient clairement se ranger du côté du changement d’outil.

🔥 L’induction, l’astuce qui explique les 12 secondes

Sur un système classique, chaque changement de couleur coûte environ 42 secondes : il faut rétracter, couper, charger le nouveau filament et purger ce qui reste dans la buse. Le Prusa INDX descend autour de 12 secondes, et ce n’est pas de la magie : c’est de l’induction.

La Smart Head du Prusa INDX attrape un outil passif grâce à l'induction, sans chauffe longue

La tête mobile embarque une bobine d’induction, exactement comme une plaque à induction de cuisine. Quand elle saisit un outil, elle génère un champ magnétique haute fréquence qui chauffe la buse en acier en quelques secondes. Et quand l’outil est reposé, la buse refroidit aussi vite. Des buses froides au repos, ça veut dire zéro filament qui coule, zéro filet qui traîne, et donc aucune contamination entre deux matériaux.

Ce qui me plaît, c’est que Prusa mesure le temps honnêtement : la marque compte les 12 secondes entre la dernière extrusion d’un matériau et la première extrusion du suivant, directement sur la pièce, pas entre deux étapes intermédiaires. Beaucoup de concurrents annoncent des temps flatteurs en coupant le chrono au bon moment. Ici, la méthode est claire et documentée.

Autre détail qui compte pour un atelier : la calibration. Sur le XL, il fallait compter des centaines de secondes par outil à cause de la broche de calibration montée sur le plateau. Le Prusa INDX utilise un capteur d’offset placé en dehors de la zone d’impression, avec une cible secondaire qui mesure le bruit de fond pour annuler les parasites. Résultat annoncé : 15 secondes par outil, soit une vingtaine de fois plus rapide, et surtout une mesure qui recommence à chaque début d’impression. Tu peux donc changer une buse entre deux prints sans t’arracher les cheveux.

🗑️ 0,013 g de purge : le chiffre qui fait très mal aux systèmes à buse unique

Voilà l’argument massue de Prusa, et il faut reconnaître qu’il frappe fort. Chaque changement d’outil sur le Prusa INDX ne génère que 13 milligrammes de plastique, soit 0,013 g, le temps de stabiliser la pression dans la buse. Cette micro-bille tombe dans un bac, nettoyée par un essuie-buse en silicone intégré au collecteur. Prusa parle d’un déchet plus petit qu’un grain de riz, et c’est littéralement ce que montrent les visuels officiels.

Prusa INDX : plus de tour de purge sur le plateau, toute la surface reste imprimable

Ce qui change tout, c’est la disparition de la tour de purge. Sur un système à buse unique, la machine doit vider la couleur précédente dans un pavé posé au coin du plateau. Ce pavé vole de la surface imprimable et peut avaler jusqu’à 30 à 50 % d’une bobine sur une pièce multicolore un peu complexe. Le Prusa INDX supprime ce bloc, ce qui rend les 248 × 205 × 270 mm réellement exploitables.

Pour étayer son argument, Prusa a fait tourner le même modèle sur cinq imprimantes, avec les profils constructeurs par défaut. La pièce finale pesait 81,7 g. Le système le plus gaspilleur a produit 696,4 g de déchets pour cette même pièce, soit presque une bobine jetée à la poubelle. Le Prusa INDX s’en sort avec 29 g de déchets au total. Sur la fameuse fusée imprimée en plusieurs couleurs, Prusa annonce même 842 g de gaspillage chez le pire concurrent, contre environ 30 fois moins avec son toolchanger.

Les 13 milligrammes de plastique laissés par un changement de couleur sur le Prusa INDX

Rapporté au portefeuille, l’écart du Prusa INDX est violent. Si tu imprimes souvent en multicolore, tu passes ton temps à jeter du filament que tu as payé. Prusa estime que les 696 g de déchets du pire cas représentent entre 10 et 25 € de matière perdue, à chaque impression un peu chargée. Multiplie par une année d’atelier, et tu comprends pourquoi le Prusa INDX est vendu comme un investissement plutôt que comme un gadget.

Attention au piège du prix d’appel
Une imprimante multicolore moins chère te coûte souvent plus cher au bout de six mois, parce que la différence part en filament gaspillé. C’est l’argument que Prusa martèle, et sur ce point précis, les chiffres de son test sont difficiles à contester.

⚠️ Le gros couac : la calibration qui ne jure que par le filament Prusa

C’est ici que le Prusa INDX se prend les pieds dans le tapis, et le retour de Thomas Sanladerer est sans filtre. La séquence de calibration obligatoire au lancement d’une impression est visiblement taillée pour le filament maison et ses propriétés thermiques précises. Résultat : impossible d’imprimer du Voxel PLA sans aller modifier le g-code à la main pour supprimer cette séquence.

Impression ratée sur la CORE One+ INDX dans le test de Thomas Sanladerer

Le problème ne s’arrête pas là. Toute la séquence d’impression s’appuie sur les presets matériaux du filament Prusa, ce qui a conduit à un print raté. Pire, les résultats de la calibration manuelle ne seraient pas sauvegardés, malgré ce qu’annonce l’écran, ce qui rend la fameuse calibration automatique du départ absolument incontournable, même quand elle estime mal ton filament.

Deuxième tache sur la copie : la caméra. Avec le hardware du Prusa INDX, la caméra de la chambre se retrouve masquée par le carrousel qui tient les outils. Vérifier qu’un filament s’est bien chargé devient compliqué, et mater sa pièce en cours d’impression relève de la contorsion. Sur un outil vendu pour les longues impressions techniques, c’est franchement dommage.

Les soucis relevés sur la CORE One+ INDX par la chaîne Made with Layers

Dans la vidéo, la comparaison la plus cruelle concerne le Prusa XL, le toolchanger maison de la marque. Sur le même test d’impression, la conclusion est sans appel : le XL fonctionne, là où le Prusa INDX bute encore sur certains filaments, y compris quelques références signées Prusament. Un comble pour un système qui se veut la nouvelle référence du multicolore.

Je garde quand même deux nuances en tête. D’abord, ces retours concernent des machines livrées tôt, et Prusa a l’habitude de corriger par firmware plutôt que de laisser pourrir le problème. Ensuite, le constructeur communique déjà sur de nouveaux profils d’impression et des ajustements en cours. Mais tant que ce n’est pas réglé, c’est un vrai point de vigilance avant de sortir 700 dollars.

🧰 Filament tiers et firmware : ce que Prusa promet vraiment

Là où le décalage entre la promesse et la réalité saute aux yeux, c’est sur la question du filament. La fiche produit du Prusa INDX répète noir sur blanc qu’aucune puce RFID ni bobine propriétaire n’est nécessaire, et que tu peux charger n’importe quelle marque. Sur le papier, c’est exactement ce que j’attends d’un outil d’atelier, et c’est même l’un des arguments qui m’ont fait suivre le projet depuis le début.

Prusa INDX : n'importe quelle bobine se charge, sans puce RFID ni bobine propriétaire

Sauf que dans la vraie vie, la machine impose encore ses propres profils dans le tunnel de calibration. La liberté annoncée existe donc sur la bobine, mais pas encore sur la confiance du firmware envers cette bobine. C’est toute la différence entre une spécification marketing et un usage quotidien, et c’est très exactement le genre de détail que je vais tester dès qu’un kit atterrit dans mon atelier.

Côté logiciel, la mécanique est déjà en place. Le firmware du Prusa INDX est publié sur le dépôt GitHub de Prusa, avec des versions préliminaires pour la CORE One+ et sa déclinaison Gen 2. PrusaSlicer et EasyPrint gèrent les huit outils, la peinture de couleur par surface et le ColorMix, cette technique qui mélange plusieurs bobines pour générer des teintes intermédiaires. Tout est gratuit, sans palier payant, ce qui reste une vraie différence avec certains écosystèmes fermés.

Un dernier point pratique : selon les retours d’utilisateurs relayés par Prusa, compter 5 à 6 heures pour installer le kit de conversion. Le fabricant parle d’un « LEGO pour adultes » très satisfaisant, mais il faut savoir dans quoi on s’engage : c’est une vraie intervention mécanique, pas un module qu’on clipse en dix minutes.

💰 Prix, délais et versions : ce que ça coûte pour de vrai

Au lancement des commandes, en avril 2026, Prusa affichait 749 et 999 dollars pour les kits 4 et 8 outils, taxes incluses, soit 669 € et 899 € TTC en Europe. Le premier lot s’est vendu en un week-end, et depuis, les délais n’ont pas arrêté de bouger : la Founders Edition de Bondtech a pris du retard, puis la production des kits standards a glissé à l’été.

Aujourd’hui, le store américain de Prusa affiche le kit de conversion 4 outils pour la CORE One+ Gen 2 à 693,52 dollars, avec des nouvelles commandes annoncées pour janvier 2027. La CORE One+ Gen 2 déjà équipée de huit outils en version assemblée est à 2 082,41 dollars, avec une expédition qui démarre le 15 octobre, et la grande CORE One L+ INDX 8 outils s’affiche à 2 767,60 dollars pour début décembre. Les prix varient selon la région et la devise, donc vérifie le tarif affiché dans ton panier avant de valider.

Mon conseil de gestionnaire d’atelier : si tu possèdes déjà une CORE One+, le kit de conversion à 4 outils est la porte d’entrée logique, et tu pourras toujours monter à 8 plus tard en ajoutant des têtes passives. Si tu pars de zéro, la version assemblée coûte plus cher mais t’offre une machine calibrée en usine, sans les 6 heures de montage.

🆚 Face au Bambu Lab H2C, au Snapmaker U1 et au Prusa XL

Le Prusa INDX n’arrive pas dans un vide. En face, il y a le Bambu Lab H2C et son multicouleur très accessible, le Snapmaker U1 et son changement d’outil, et bien sûr le Prusa XL, la référence interne de la marque. Sur le papier, le Prusa INDX écrabouille ses rivaux sur deux tableaux : le temps de changement, autour de 12 secondes contre 42 pour les systèmes à buse unique, et les déchets, avec 0,013 g par changement.

Mais sur le terrain, la hiérarchie s’inverse partiellement. Le test de Sanladerer place le XL devant en fiabilité pure, et un système simple à buse unique garde un avantage énorme : il fonctionne avec à peu près tout, tout de suite. Le Prusa INDX doit donc encore transformer une avance technique spectaculaire en expérience utilisateur sans accroc. C’est là que le firmware fera la différence dans les prochains mois.

🧑🔧 Est-ce que je l’achète pour mon atelier ?

Ma réponse tient en trois cas de figure. Si tu imprimes surtout des pièces fonctionnelles en une seule couleur, le Prusa INDX ne t’apportera pas grand-chose : garde ton budget pour du filament et une buse haut débit, comme celle que j’avais testée avec le Prusa HT Hotend capable de monter à 400 °C. Colossal pour le PPS-CF, aucun intérêt pour du PLA basique.

Si tu fais beaucoup de multicolore cosmétique, l’argument du gaspillage devient redoutable. Jeter 696 g de filament sur une seule pièce multicolore, c’est du budget atelier qui part en fumée, et le Prusa INDX attaque ce problème à la racine. Et si tu mélanges les matériaux, du TPU rapporté sur une coque en PETG, des supports solubles dans une matière dédiée, un changement de buse en cours de print, alors le Prusa INDX devient l’un des rares outils réellement capables de le faire proprement dans un volume fermé.

Ce que je surveille avant de sortir la carte bleue : une mise à jour firmware qui rend la calibration tolérante aux filaments tiers, un montage caméra utilisable malgré le carrousel, et un retour d’expérience un peu plus large que celui des early adopters. Si Prusa règle ces trois points, le Prusa INDX deviendra un outil évident pour n’importe quel atelier un peu ambitieux.

❓ Les questions que tu m’as posées

Le Prusa INDX fonctionne-t-il avec du filament d’autres marques ?

Officiellement oui, la fiche technique insiste sur l’absence de puce RFID et sur la compatibilité avec toutes les bobines 1,75 mm. Dans la pratique, le test de Made with Layers a montré qu’une séquence de calibration prévue pour le filament Prusa bloquait une impression en Voxel PLA tant qu’on ne modifiait pas le g-code. Prusa travaille sur de nouveaux profils pour corriger ce point.

Combien de gaspillage réel génère le Prusa INDX ?

Environ 0,013 g de plastique par changement d’outil, soit à peu près un grain de riz, d’après les mesures publiées par Prusa. Sur un modèle test imprimé sur cinq machines différentes, le gaspillage total du Prusa INDX atteignait 29 g, contre 696,4 g pour le système le plus gourmand.

Faut-il une CORE One pour installer le Prusa INDX ?

Oui. Le Prusa INDX se présente comme un kit de conversion pour la Prusa CORE One et la CORE One+, et il existe aussi une version déjà montée en usine, incluant les déclinaisons Gen 2 et la grande CORE One L+. Ce n’est pas un module universel que tu peux poser sur n’importe quelle imprimante.

Le Prusa INDX vaut-il mieux qu’un Prusa XL ?

Pour la précision et les fonctions, les deux se ressemblent, mais le Prusa XL reste le toolchanger le plus fiable selon les tests indépendants. Le Prusa INDX gagne sur l’encombrement, sur la chambre fermée et sur le prix du kit de conversion. Sur la qualité de vie, le XL garde une longueur d’avance aujourd’hui.

🔗 Sources et liens officiels

Page produit officielle du kit Prusa INDX pour CORE One+ (Gen 2) : prusa3d.com.
Annonce d’ouverture des commandes, prix de lancement en dollars et en euros : blog officiel Prusa, avril 2026.
Point d’avancement du projet, chiffres de gaspillage et détails de calibration : blog officiel Prusa, juillet 2026.
Test terrain des problèmes de calibration et de chambre fermée : Hackaday, 12 octobre 2026 et la vidéo de Made with Layers.
Technologie du toolchanger chez le fabricant : Bondtech INDX.
Firmware officiel et notes de version : dépôt GitHub Prusa-Firmware-Buddy.

Mes articles liés : AMS contre tool changer, lequel choisir, le Prusa HT Hotend à 400 °C et le ColorMix Prusament et ses 45 teintes.

Le Prusa INDX est le genre de produit qui peut redéfinir la façon d’aborder le multicouleur à l’atelier, à condition que Prusa finisse le travail logiciel. Je vais suivre les prochaines mises à jour firmware de très près, et si un kit passe un jour par mon établi, tu auras le test complet, chiffres et déchets à l’appui.

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Johan