Une bobine de PLA, 1 kilo, 20 euros. Tu lances une impression multicouleur, tout excité, tu te dis que ça va être magnifique. Sauf que 700 grammes partent à la poubelle et ta pièce finale en pèse 200. Tu as payé 20 balles pour en utiliser une fraction, et ça, personne ne te le dit sur la fiche produit. Aujourd’hui, je te dévoile le vrai prix de l’impression multicouleur en 2026, pourquoi la purge est devenue le business model des fabricants, et les 3 astuces que j’applique moi-même pour limiter la casse.
![]()
Ce n’est pas le prix d’achat que tu vois sur Amazon qui compte. C’est le prix réel, celui que tu découvres six mois plus tard, quand la carte bleue a chauffé trois fois le budget. Je t’avais déjà alerté en 2024 dans ma vidéo sur les coûts cachés : une machine pas chère qui te ruine en consommable. À l’époque, je parlais de dépréciation. Aujourd’hui, le problème a juste changé de nom : c’est la purge.
🧊 L’impression multicouleur et l’iceberg des prix
Bonne nouvelle d’abord : le prix d’entrée de l’impression 3D s’est effondré. Une Ender 3 V3 KE à 169 euros, une Anycubic Kobra à 189 euros avec le Wi-Fi et du 300 mm par seconde. Il y a cinq ans, pour ça, il fallait débourser dans les 600 balles. Creality, Anycubic, Bambu Lab se tirent la bourre sur l’entrée de gamme, et c’est une excellente nouvelle pour toi et moi. Si tu débutes, mon test de la Bambu Lab A2L à 379 euros te donne une bonne base de comparaison.
Mais le prix d’achat, c’est la partie émergée de l’iceberg. Et l’impression multicouleur, c’est exactement là que le bât blesse : la facture ne s’arrête jamais à la machine. J’ai fait le calcul sur trois profils, sur une année complète d’impression, tous coûts inclus : filament, électricité, maintenance, pièces d’usure. Voilà ce que ça donne :

Le curieux. Il découvre, il imprime des gadgets et des pièces pour la maison. Machine à 180 balles, deux bobines de PLA par mois, 35 euros. L’électricité, 3 euros par mois. Maintenance quasi nulle. Total pour sa première année : 640 balles. C’est le prix d’une PS5, franchement imbattable.
Le maker régulier. C’est probablement toi. Quatre bobines par mois, du PETG, du TPU, un peu de tout. Machine à 600 balles, buse qui s’use, plateau qui fatigue, des upgrades par-ci par-là. Compte 1 200 balles sur l’année, soit 100 euros par mois. Pour un hobby passion, ça reste raisonnable.
Le multicouleur. Là, accroche-toi. La machine coûte dans les 800 balles, et chaque changement de couleur, il y en a des centaines par impression, déclenche une purge. La buse pousse du filament dans une tour de purge, ou pire, elle crache dans le vide à l’arrière de la machine. Ce filament, tu le payes et tu le jettes immédiatement, sans jamais l’avoir utilisé. Sur une année, l’impression multicouleur te revient à plus de 2 200 euros, soit 180 balles par mois. C’est un abonnement Netflix premium, un Spotify et un forfait téléphone réunis, juste pour du filament que tu jettes. La purge, c’est le poste de dépense que personne ne prévoit quand il se lance dans l’impression multicouleur.
🗑️ La purge, le vrai coup caché du multicouleur
J’ai pesé, hein. Dans mon test de la Cobra S1 Combo, sur un buste de Deadpool de 25 cm en 5 couleurs : 408 grammes sur le plateau, 1 419 grammes dans la poubelle. Le ratio frôle les 350 %. Pour 1 gramme imprimé, j’en ai jeté 3,5. Et ce n’est pas un cas isolé. En impression multicouleur, ce ratio est la norme, pas l’exception.
En janvier, dans mon comparatif Bambu Lab H2C contre Snapmaker U1, je faisais déjà le même constat : 3 grammes de plastique vidés à chaque changement de couleur. Six mois après, le constat reste exactement le même. Et je ne suis pas le seul à le mesurer : le youtubeur CNC Kitchen a documenté le phénomène avec des mesures précises. Sur des impressions complexes à quatre couleurs, le gaspillage atteint 400 à 500 % du poids de la pièce. Ta bobine à 20 balles, tu la passes en trois impressions. Entre 80 et 120 euros par mois de filament, juste pour de l’impression multicouleur.

Fais le calcul pour une figurine de 15 cm en quatre couleurs : 800 changements de couleur par impression. À 40 cm de filament purgés par changement, ça fait 320 mètres. Une bobine classique, c’est environ 330 mètres de filament. Tu as cramé une bobine entière en purge sur une seule pièce. Et le fabricant te la revend 25 balles, avec le sourire. Chaque passage de couleur, c’est entre 30 et 50 centimètres de filament qui filent directement dans la chute.
💸 Le gaspillage n’est pas un bug, c’est le business model
Regarde les prix. Une machine multicouleur milieu de gamme, aujourd’hui, c’est entre 600 et 900 balles. C’était le prix d’une bonne machine monocouleur il y a trois ans. Rappelle-toi de ça. Les fabricants ont baissé le prix des machines, et je vais te dire pourquoi : parce qu’ils se rattrapent sur le filament. C’est le modèle du rasoir et des lames. La machine, c’est la porte d’entrée. Le filament, c’est le revenu. Tout le business model de l’impression multicouleur repose sur ta consommation.
Plus tu changes de couleur, plus tu purges, plus tu rachètes des bobines. C’est la mécanique de l’impression multicouleur moderne, et elle est imparable. L’AMS de Bambu Lab est magique sur le papier : quatre couleurs, changement automatique fluide. Mais chaque changement, c’est du filament poussé dans la chute. Multiplie par des centaines de changements par impression, et tu comprends le business. Plus tu fais d’impression multicouleur, plus le fabricant se frotte les mains.
Ce qui m’agace, ce n’est pas la technologie. C’est le marketing qui te cache la vérité. Les fabricants te montrent des pièces parfaites, des dégradés fluides, des figurines sublimes. Jamais la poubelle pleine de déchets derrière la machine. Tu découvres le gaspillage après avoir acheté, comme moi, et là tu te sens trahi.

Petite anecdote, tiens. La semaine dernière, on m’a proposé de tester une nouvelle imprimante Creality, pas encore annoncée, personne n’en parle. Un système de changement de couleur par purge, évidemment. J’ai refusé. Pas parce que la machine est mauvaise sur le papier, elle a l’air vraiment bien. Mais parce que je sais déjà que ce système va me coûter en filament, et je n’ai pas envie de te vendre un truc auquel moi-même je ne crois plus. J’avais déjà annoncé la couleur dans mon test de la K2 Pro en mars.
⚔️ AMS, CFS ou multitête : trois technologies face à la purge
Pour contourner la purge, trois technologies s’affrontent aujourd’hui. Et l’impression multicouleur grand public passe à 95 % par la première :
1. Les systèmes à purge (AMS, CFS, ACE PRO). Quatre couleurs, changement automatique, mais gaspillage élevé. C’est la solution que 95 % des gens achètent, parce que c’est la moins chère à l’entrée.
2. Le tool changer. Le Prusa XL en est le représentant : plusieurs têtes, chaque couleur a sa tête, elle change de tête au lieu de changer de filament. Zéro purge, zéro gaspillage. Techniquement, c’est la meilleure solution aujourd’hui, mais elle coûte 2 500 balles.
3. Le multitête. Deux buses, chacune sa couleur, donc aucun changement de filament. Gaspillage minimal, possibilités max.
![]()
Je suis en plein test de la Snapmaker U1 en ce moment : quatre têtes indépendantes, chaque tête a sa couleur, elle change de tête au lieu de changer de filament. Pas de purge, juste une petite tour pour nettoyer la buse. Je l’ai utilisée pour une figurine pour ma fille, et franchement, ça m’a fait bizarre de sortir une pièce sans aucun déchet derrière la machine. La revue complète arrive bientôt sur la chaîne.
Si tu fais du volume, le surcoût à l’achat d’un multitête est vite rentabilisé par le filament que tu ne jettes plus. Fais le calcul pour ton usage : à 50 ou 100 pièces par mois, si l’impression multicouleur est ton business, le tool changer se rembourse en moins de deux ans, juste en filament économisé.
🛠️ 3 astuces pour imprimer en multicouleur sans te ruiner
Je ne veux pas te dégoûter de l’impression multicouleur. C’est une technologie géniale : voir une figurine sortir du plateau avec ses couleurs définitives, sans peinture ni post-traitement, c’est une claque à chaque fois. Mais il faut le faire intelligemment. Ces trois astuces, que j’applique moi-même, rendent l’impression multicouleur vraiment viable au quotidien.
Astuce 1 : le flush into infill. Au lieu de purger dans une tour, tu balances la purge dans le remplissage de la pièce. Invisible, efficace, et ça réduit le gaspillage de 30 à 60 %. C’est une case à cocher dans les paramètres de filament, c’est immédiat.
Astuce 2 : le purge into object. Tu imprimes un objet utile en parallèle, un mousqueton, un test de tolérance, et toute la purge va dedans. Ta tour de déchets devient un objet fonctionnel. Zéro gaspi.
Astuce 3 : réduis le ratio de purge. Par défaut, les slicers sont hyper conservateurs, ratio de 1 : à chaque changement, la buse purge l’équivalent de tout son volume interne. Passe à 0,6. CNC Kitchen l’a testé : la qualité est identique à l’œil nu, aucune contamination de couleur visible, et tu réduis la purge de 40 %. Ce simple réglage rend l’impression multicouleur nettement moins douloureuse pour le portefeuille, et t’économise deux à trois bobines par an.
✅ L’impression multicouleur est-elle faite pour toi ?
![]()
Mon conseil, sans filtre. Si tu imprimes moins de dix pièces multicouleur par an, n’achète pas. Imprime en monocouleur, peins tes pièces, fais des changements de couleur manuels, ou passe par un pote qui a la machine et fais-lui livrer du filament. Il te la fera, s’il est sympa. L’impression multicouleur occasionnelle ne justifie jamais un AMS à plusieurs centaines d’euros.
Autour de moi, je vois plein de makers avec un AMS ou un CFS. Et dans huit cas sur dix, ils impriment en une seule couleur. L’AMS leur sert de boîte de filament, moi le premier. Si ton AMS dort dans un coin, tu sais quoi faire : soit tu l’utilises intelligemment avec les astuces ci-dessus, soit tu le revends pendant qu’il vaut encore quelque chose.
Si en revanche tu fais de l’impression multicouleur toute la semaine, là l’AMS se justifie pleinement. Et si c’est ton business, le tool changer est la seule vraie réponse au gaspillage.
Mon verdict, c’est le mien : l’impression multicouleur est un piège si tu n’es pas informé, et un super outil si tu sais dans quoi tu t’engages. Le fautif, ce n’est pas la technologie : c’est une communication qui évite soigneusement de te montrer la poubelle derrière la machine. Maintenant que tu es prévenu, que tu coches le flush into infill et que tu réduis ton ratio de purge, fonce : le résultat vaut franchement le coup.
❓ Questions fréquentes sur l’impression multicouleur
Voici les réponses aux questions les plus posées sur l’impression multicouleur :
C’est quoi la purge en impression multicouleur ?
La purge, c’est le filament expulsé par la buse à chaque changement de couleur pour nettoyer la buse et éviter les mélanges. Ce filament est jeté, jamais utilisé. Sur une impression complexe, ça représente 3,5 à 5 fois le poids de la pièce finale.
Combien coûte vraiment l’impression multicouleur ?
Sur une année, tous coûts inclus, une utilisation régulière du multicouleur revient à plus de 2 200 euros, dont 80 à 120 euros par mois de filament, une grande partie jetée en purge : c’est le vrai coût caché de l’impression multicouleur. À titre de comparaison, un usage classique coûte 640 à 1 200 euros par an.
Comment réduire le gaspillage en impression multicouleur ?
Trois leviers : activer le flush into infill (la purge part dans le remplissage de la pièce, 30 à 60 % d’économie), imprimer un objet utile en parallèle pour y loger la purge, et baisser le ratio de purge de 1 à 0,6, ce qui réduit la purge de 40 % sans différence visible.
AMS, CFS ou imprimante multitête : que choisir ?
Pour une utilisation occasionnelle, un AMS ou un CFS suffit. Pour du volume, une imprimante multitête ou un tool changer comme la Snapmaker U1 ou le Prusa XL élimine quasi totalement la purge, et se rentabilise en moins de deux ans sur le filament économisé si tu imprimes beaucoup.
Et toi, tu sais combien de filament tu jettes chaque mois ? Balance ton chiffre en commentaire, je suis curieux. Et si tu rates rien, la suite de ce dossier arrive au prochain Café des Makers : le multicouleur, piège ou vrai progrès ?
Johan, Le CréAtelier, la tech à la portée de tous.
