Prusa vient de sortir un produit que personne n’attendait au catalogue d’un fabricant d’imprimantes : les Prusament Pellets, ses granulés bruts, sont en vente depuis le 13 octobre 2026 dans des conditionnements de 3,5 à 14 kilos. Ce sont exactement les granulés qui partent dans les extrudeuses de l’usine de Prague pour fabriquer le filament Prusament. Sauf qu’ici, les Prusament Pellets sont livrés tels quels, pré-séchés, dans un bidon de 5 litres ou dans un sac aluminium.
Pourquoi ça me parle autant ? Parce que j’ai passé des années à empiler des bobines entamées qui prennent l’humidité, à jeter des chutes qui finissent en sac poubelle, et à regarder le prix du kilo de filament grimper à chaque hausse du plastique. Les Prusament Pellets arrivent pile sur ce terrain.

Et le prix affiché a de quoi remuer le petit monde de la fabrication additive : 8,57 euros le kilo pour un sac de 14 kilos de granulés PETG, contre 32,99 euros le kilo de filament PETG dans la même boutique. Je te laisse faire la soustraction, on en reparle plus bas avec les chiffres officiels.
🎯 Ce que Prusa annonce exactement le 13 octobre 2026
Le billet officiel est signé Jakub Kočí et se lit en trois minutes. Prusa y explique un problème logistique très concret : acheter des granulés de polymère en petite quantité, c’est presque impossible. Les fabricants vendent par tonnes, ou au minimum par centaines de kilos. Un labo universitaire qui veut tester un additif, un atelier qui imprime en grand format, un maker qui bricole une extrudeuse de bureau : tous se heurtent au même mur.
La réponse tient en quatre matériaux, en couleurs naturelles non teintées, et en deux formats. Les petits conditionnements partent dans des bidons de 5 litres, les gros dans des sacs aluminium-plastique. Les Prusament Pellets existent donc de 3,5 à 14 kilos selon la référence, ce qui reste minuscule à l’échelle industrielle et énorme à l’échelle d’un atelier.

Le détail qui tue, c’est le séchage. Les granulés bruts arrivent chez Prusa chargés d’humidité, la marque les sèche avant de les transformer en filament. Une partie de ce stock séché est prélevée, scellée dans son bidon ou son sac, et expédiée au client. Autrement dit, les Prusament Pellets sortent de l’entrepôt déjà prêts à l’emploi, et c’est une vraie différence quand on sait combien de prints ratés viennent d’un matériau gorgé d’eau.
Prusa glisse aussi deux astuces pratiques dans son annonce : une clé d’ouverture imprimable en 3D, signée SquasherJoe, pour forcer les bidons de 5 litres sans s’abîmer les mains, et une extension d’embout pour verser les Prusament Pellets proprement. Les Prusament Pellets se manipulent donc comme du café en grains, avec les bons outils et sans en mettre partout.
Mon repère pour situer le truc : Prusa ne vend pas un nouveau filament, elle vend la matière première qui sert à le fabriquer, sans passer par l’étape d’extrusion. C’est comme acheter la farine au lieu du pain : même blé, même moulin, mais tu divises la facture et tu récupères la main sur la recette.
💰 Le prix des Prusament Pellets : 8,57 € le kilo, la claque
Les tarifs sont publics sur la boutique officielle, TVA incluse pour l’Europe. Les Prusament Pellets en PLA naturel coûtent 39,99 euros en 4 kilos et 129,99 euros en 14 kilos. Le PETG naturel coûte 39,99 euros en 4 kilos et 119,99 euros en 14 kilos. L’ASA naturel grimpe à 49,99 euros pour 3,5 kilos et 149,99 euros pour 12 kilos. Le PC Blend naturel ferme la liste à 59,99 euros en 3,5 kilos et 179,99 euros en 12 kilos.

Ramène tout au kilo et le décor change. Le sac de 14 kilos de PLA tombe à 9,29 euros le kilo, celui de PETG à 8,57 euros le kilo, l’ASA en 12 kilos à 12,50 euros le kilo et le PC Blend en 12 kilos à 15 euros le kilo. Dans la même boutique, le filament Prusament PLA Jet Black est à 32,99 euros le kilo, le PETG au même tarif, et l’ASA naturel en bobine de 800 grammes à 30,99 euros, soit 38,74 euros le kilo.

Autrement dit, l’écart au kilo tourne autour de 68 à 74 % selon le matériau, à qualité annoncée identique puisque ce sont les mêmes granulés. C’est le genre de chiffre qui rend une imprimante à granulés rentable beaucoup plus vite que prévu. Le PC Blend n’a pas de filament équivalent dans la comparaison car la référence en bobine n’était pas disponible au moment de mes relevés, je préfère le dire plutôt que d’inventer un prix.
🏭 Prusament Pellets contre filament : pourquoi le FGF change l’équation
Le FGF, pour Fused Granular Fabrication, c’est l’impression directe à partir de granulés. Le principe est bête : au lieu de faire fondre un filament calibré au 1,75 mm, la machine avale des billes de plastique et les pousse dans une vis d’extrusion. Prusa le rappelle dans son annonce, ce procédé contourne toute la fabrication du filament, ce qui explique une partie de l’écart de prix.

Le deuxième avantage, c’est le débit. Une extrudeuse à granulés dépose plusieurs kilos de matière par heure, quand une buse classique travaille en dizaines de grammes. Sur des pièces de taille moyenne, un meuble, une sculpture, un moule perdu, la différence n’est plus une question de confort mais de faisabilité. Tu ne peux pas imprimer un objet de 30 kilos en FDM, tu peux le faire en FGF.
Pour un atelier comme le mien, la vraie bascule n’est pas la vitesse, c’est la fin du stock mort. Combien de bobines ouvertes traînent chez toi en attendant un projet ? Chez moi, beaucoup trop. Les Prusament Pellets ne s’enroulent pas, ne se vrillent pas, ne cassent pas en pleine impression, et se referment en trente secondes.
🔬 Labo, école et masterbatch : le deuxième terrain de jeu
Prusa vise explicitement la recherche et l’enseignement, et c’est loin d’être un argument marketing creux. Les granulés naturels non teintés peuvent être mélangés avec des masterbatchs maison pour tester des colorants, des stabilisants UV ou des charges mécaniques comme les nanotubes de carbone et les fibres de verre. Un labo universitaire qui fabrique son propre filament en 1,75 ou 2,85 mm a enfin une source d’approvisionnement crédible pour quelques kilos, sans casser un budget d’achat de plusieurs tonnes.

C’est aussi le terrain des extrudeuses de bureau, et là je parle d’expérience. J’ai détaillé le Filament Maker X10 de 3devo dans un article dédié : 1,5 kilo de filament par heure à partir de tes déchets, pour un investissement qui reste conséquent. Ce genre de machine ne tient debout que si tu as du granulé de qualité à lui donner. Avec des Prusament Pellets pré-séchés vendus au kilo, le maillon faible de la chaîne disparaît.

La communauté a tout de suite flairé le potentiel. Sous le billet officiel, plusieurs lecteurs demandent si Prusa va sortir sa propre extrudeuse de bureau, un lecteur évoque même un dépôt de marque « PrusaXtruder », et un autre espère une tête à granulés pour la XL. Rien de tout cela n’est confirmé par la marque, c’est de la spéculation de commentaires, mais ça montre exactement où les makers voient la suite logique des Prusament Pellets.
♻️ Recyclage : ce que les Prusament Pellets changent pour tes chutes
Le recyclage, c’est le nerf de la guerre. Dans mon Hebdo des Makers du début d’année, j’avais décortiqué le test du couple Creality M1 et Shredder R1 réalisé par Steve Makes Everything. Le bilan était franchement instructif : mise en route en cinq minutes, tour autonome avec écran tactile, zéro PC, mais une vitesse réelle de 650 grammes par heure quand la promesse était le kilo. Précision encore en dents de scie, entre 0,7 et 0,8 mm de variation, un enroulage capricieux parce que le filament sortait mou comme une nouille trop cuite, et un cutter qui a rendu l’âme sur le prototype.
Malgré tout ça, son verdict m’avait marqué : c’est le futur. Le moment où il a mélangé 5 % de colorant dans du PLA clair pour sortir un vert bien à lui et imprimer un Benchy impeccable, c’est exactement la promesse que les Prusament Pellets viennent consolider. J’ai écrit tout le détail de cette méthode dans mon article sur la Creality M1 et le Shredder R1, tu y retrouveras le protocole complet et mes réserves.
Il faut aussi regarder ce que fait le reste du monde, parce que la voie du recyclage maison n’est pas toujours rationnelle. Hackaday a relayé la semaine dernière un test très concret : pour obtenir un seul kilo de filament PETG, il a fallu treize bouteilles de 5 litres, une de 10 litres, deux de 8 litres et une de 1,5 litre, découpées à la main puis extrudées.
Le débat qui suit est plus intéressant que la performance. Des lecteurs rappellent que le PET des bouteilles n’est pas du PETG de qualité constante, et qu’un sachet de granulés prêts à l’emploi reste plus fiable. C’est exactement là que Prusa place son produit, et c’est là que les Prusament Pellets deviennent crédibles face au bricolage.
🧩 Ce que les Prusament Pellets changent dans mon atelier
Je ne vais pas te vendre du rêve : sans matériel adapté, un sac de Prusament Pellets ne sert à rien. Il te faut soit une imprimante à granulés, soit une extrudeuse de filament, et dans les deux cas la note dépasse largement les 39,99 euros du premier bidon.
Mais dès que la machine est là, l’économie devient mécanique. Un atelier qui consomme vingt kilos de PLA par an paie aujourd’hui plus de 600 euros de filament au tarif Prusa. En granulés, la même quantité tombe autour de 190 euros. Sur trois ans, l’écart couvre une bonne partie du prix d’une extrudeuse de bureau, et beaucoup plus vite si tu utilises de l’ASA ou du PC Blend, où l’écart au kilo est le plus violent.

Mon usage réel, lui, sera plus modeste. Je vois trois applications immédiates dans mon labo : de la pièce technique en PC Blend pour les supports de machines, du ASA pour tout ce qui vit dehors ou près d’une source de chaleur, et du PLA naturel comme base de test pour maquettes. Le vrai gain, à mon sens, n’est même pas le prix. C’est d’arrêter de gérer quinze bobines à moitié pleines et de changer mon rapport à la matière.
Si tu veux suivre ce que Prusa prépare côté machines, j’ai aussi analysé le toolchanger Prusa INDX sorti cette semaine, ça complète bien le tableau de leur stratégie 2026, en particulier sur la question du filament tiers.
Ma mise en garde honnête : les Prusament Pellets sont un excellent produit posé sur une chaîne de fabrication qui n’existe pas encore chez la plupart des makers. Achète les granulés seulement si tu as déjà la machine, ou si tu es en labo avec une extrudeuse sous la main. Sinon, tu stockeras un sac aluminium de 14 kilos dans un placard, et ça ne fera pas de meilleures pièces.
⚠️ Les trois limites que Prusa ne met pas en avant
Première limite : la palette de couleurs. Les Prusament Pellets arrivent uniquement en teintes naturelles, pas de noir, pas de rouge, pas de Galaxy. Si tu imprimes des objets décoratifs, tu devras passer par un masterbatch, donc acheter du colorant et apprendre à doser. La couleur, ce n’est pas un réglage, c’est un procédé.
Deuxième limite : le séchage reste ton affaire une fois le sac ouvert. Prusa livre des granulés pré-séchés, ce qui est un vrai plus, mais un sachet de Prusament Pellets entamé dans un atelier humide reprend l’eau comme n’importe quel matériau. Le dry box reste indispensable, et c’est un investissement que beaucoup oublient dans leur calcul de rentabilité.
Troisième limite : aucune imprimante Prusa ne mange des granulés aujourd’hui. La marque ne propose ni tête à granulés ni extrudeuse, et rien n’indique un calendrier. Tu achètes donc un consommable pour un écosystème tiers, avec les réglages, les profils et les galères que ça implique. Ce n’est pas un défaut du produit, c’est une réalité qu’il vaut mieux avoir en tête avant de commander dix kilos de Prusament Pellets.
❓ FAQ Prusament Pellets
Qu’est-ce que les Prusament Pellets exactement ?
Ce sont les granulés de polymère bruts utilisés par Prusa pour fabriquer son filament Prusament, revendus tels quels en petites quantités. Les Prusament Pellets sont pré-séchés, scellés en bidon de 5 litres ou en sac aluminium, et disponibles en PLA, PETG, ASA et PC Blend en couleurs naturelles.
Combien coûtent les Prusament Pellets ?
Compte 39,99 euros pour 4 kilos de PLA ou de PETG naturel, et 129,99 euros pour 14 kilos de PLA, 119,99 euros pour 14 kilos de PETG. Les Prusament Pellets en ASA démarrent à 49,99 euros pour 3,5 kilos et ceux en PC Blend à 59,99 euros pour 3,5 kilos, toujours TVA incluse sur la boutique officielle.
Est-ce intéressant sans imprimante à granulés ?
Non, pas directement. Les Prusament Pellets s’utilisent sur une imprimante FGF ou dans une extrudeuse de filament pour fabriquer ses propres bobines. Sur une imprimante FDM classique, il faut du filament, pas des granulés. L’économie n’existe que si tu possèdes déjà la machine qui les transforme.
Les Prusament Pellets sont-ils meilleurs qu’un filament classique ?
Ce n’est pas la même chose. Le filament sort d’une usine avec un diamètre calibré et une régularité garantie, les granulés te laissent la main sur l’extrusion et sur la couleur. Pour de la pièce technique répétitive, je garde du filament. Pour du volume, du prototype grand format ou des essais de matériaux, les Prusament Pellets deviennent très intéressants.
🔗 Sources et liens officiels
Annonce officielle Prusament Pellets : le billet de Jakub Kočí sur blog.prusa3d.com, publié le 13 octobre 2026.
Fiches produit et prix : granulés PLA naturel 14 kg et granulés PC Blend naturel 12 kg sur prusa3d.com.
Recyclage des bouteilles PET en filament : Hackaday, 13 octobre 2026.
Extrusion de filament à partir de granulés : la gamme Prusament et 3devo pour le matériel de laboratoire.
On en discute sur le Discord du CréAtelier : mes réglages, mes tests de granulés et les plans de mes machines y passent en premier.
Johan
Le CréAtelier




