Les brevets Stratasys viennent de prendre un coup dur devant l’office américain des brevets, et c’est un rebondissement que je n’attendais pas aussi vite. Moins de trois semaines après le verdict du jury texan qui condamnait Bambu Lab à 27,6 millions de dollars, le Patent Trial and Appeal Board a jugé non brevetables les revendications attaquées de quatre brevets Stratasys. Traduction : le terrain sur lequel Stratasys a construit sa victoire de septembre vient de se dérober en partie.

Dans mon atelier, la vraie question n’est pas de savoir qui gagne un procès, mais si je pourrai encore changer de couleur sans jeter la moitié d’une bobine. J’ai donc repris le dossier, brevet par brevet, pour trier ce qui change de ce qui ne change pas après cette décision sur les brevets Stratasys.

Ce qu’il faut retenir sur les brevets Stratasys

Le PTAB a invalidé des revendications de quatre brevets Stratasys, dont deux qui ont pesé dans le verdict texan (US 9 168 698 et US 10 556 381, environ 2,8 M$).

Les deux autres (US 11 886 774 et US 10 569 466) appartiennent à la seconde plainte de Stratasys, encore jamais jugée.

Le verdict de 27,6 M$ tient pour l’instant : les deux procédures sont indépendantes et les appels sont encore ouverts des deux côtés.

🏛️ Ce que le PTAB a décidé contre les brevets Stratasys

Pour situer le décor : le PTAB est la chambre spécialisée du bureau américain des brevets et des marques, celle qui réexamine un brevet déjà délivré. Le 17 septembre 2026, un jury du district Est du Texas avait donné raison à Stratasys et validé quatre brevets, avec 27,6 millions de dollars de dommages à la clé. On pouvait croire le dossier plié pour un moment. C’est le contraire qui s’est produit.

Selon la presse spécialisée allemande 3Druck.com, les juges du PTAB ont déclaré non brevetables, pour cause d’évidence, les revendications contestées de quatre brevets Stratasys. Deux d’entre eux sont ceux de la détection de force, ceux que j’avais détaillés dans mon analyse du verdict : une imprimante qui sent le contact de la buse avec le plateau. Ce sont exactement ces deux brevets Stratasys qui portaient environ 2,8 millions de dollars de la condamnation.

Les deux autres brevets Stratasys invalidés sont moins médiatiques mais tout aussi parlants. Le US 11 886 774 décrit comment une machine reconnaît et exploite des données de configuration, et le US 10 569 466 porte sur le matériau marqué : l’imprimante lit les informations de la bobine et en déduit ses paramètres. Autrement dit, le système d’identification des filaments, celui qu’on utilise tous les jours sur une AMS, sans jamais y penser.

Impression 3D multicouleur Bambu Lab : la matière des tours de purge, au cœur des brevets Stratasys contestés

Il faut mesurer la portée de la nouvelle. Deux de ces brevets Stratasys étaient au cœur du premier procès, et les deux autres attendent leur propre procès dans la seconde plainte déposée par Stratasys à l’été 2024. Résultat : la partie adverse attaque la seconde manche avec deux brevets déjà fragilisés avant même qu’un jury ne se penche dessus.

J’ajoute une précision qui compte, parce qu’elle explique pourquoi deux tribunaux peuvent dire des choses opposées sans se contredire. Le PTAB ne dit pas que la justice du Texas s’est trompée. Il dit que, selon ses propres critères, ces revendications n’auraient pas dû être délivrées. Ce sont deux métiers différents, avec deux niveaux d’exigence différents.

⚖️ Deux tribunaux, deux règles du jeu pour les brevets Stratasys

Chronologie de la guerre des brevets Stratasys contre Bambu Lab, d'août 2024 aux décisions du PTAB

C’est la partie que je trouve la plus intéressante dans ce dossier, et c’est aussi celle que les titres ont zappée. Devant un tribunal fédéral américain, un brevet est présumé valide. Pour le faire tomber, il faut apporter des preuves claires et convaincantes, une barre très haute. Le jury du Texas n’a donc pas déclaré les brevets Stratasys valides : il a estimé que Bambu Lab n’avait pas réuni assez d’éléments pour les casser.

Devant le PTAB, la règle change complètement. La procédure s’appelle l’inter partes review, et il suffit que la balance penche légèrement du côté de l’antériorité pour que la revendication tombe. Pas besoin de preuves écrasantes : il faut que ce soit plus probable que non. C’est ce déséquilibre qui explique le retournement. Les mêmes documents, les mêmes brevets Stratasys, les mêmes arguments, et deux résultats opposés.

Concrètement, les dossiers sont publics et vérifiables. Sur Google Patents, les quatre brevets Stratasys concernés portent des recours IPR2025-00438, IPR2025-00531, IPR2025-00532 et IPR2025-00611, tous déposés par les sociétés du groupe Bambu Lab. Les dossiers sont consultables sur le portail Unified Patents et la procédure elle-même est décrite sur le site du PTAB. Ce que je retiens de cette mécanique : une décision du PTAB n’est pas un jugement moral sur une invention, c’est un contrôle de qualité administratif.

🔍 Les quatre brevets Stratasys passés au crible

Détection IA de la première couche sur une Bambu Lab X1 : la lecture du plateau visée par les brevets Stratasys de détection de force

Le brevet US 9 168 698 et son cousin US 10 556 381 appartiennent à la même famille : la détection de force. Le principe est simple à raconter. La tête d’extrusion vient toucher le plateau, la machine mesure la résistance rencontrée et en déduit la hauteur, un défaut de nivellement ou un contact anormal. C’est ce qui permet à une imprimante moderne de se calibrer toute seule sans que je glisse une feuille de papier sous la buse.

Cette détection de force, je la croise aussi dans la surveillance de la première couche. Sur les machines Bambu Lab, une caméra analyse la couche déposée et sort une confiance en pourcentage, comme sur l’image ci-contre. Si le pourcentage chute, la machine s’arrête. Derrière ce confort, il y a donc une brique logicielle et matérielle qui a mis quinze ans à devenir banale, et c’est précisément cette banalité que les brevets Stratasys revendiquaient.

Le brevet US 10 569 466 change de terrain : il décrit un matériau de dépôt marqué, avec des informations que la machine lit dans le support de filament pour fixer ses paramètres. Si vous avez déjà glissé une bobine dans une AMS et vu la machine reconnaître seule le type de plastique, la température et le profil, vous avez utilisé exactement ce principe. Le PTAB a là encore jugé les revendications attaquées non brevetables.

L'AMS de Bambu Lab, qui lit les informations du filament : le principe visé par le brevet Stratasys US 10 569 466

Le quatrième brevet Stratasys touché, le US 11 886 774, concerne la reconnaissance et l’exploitation de données de configuration par l’imprimante. C’est le genre de revendication qui paraît anodine à l’écrit, et qui devient structurante quand tous les fabricants proposent des appareils connectés. Un slicer qui envoie un profil, une machine qui le reconnaît et l’applique : voilà le périmètre. Il est facile d’imaginer combien de machines de bureau tomberaient dans cette description, ce qui explique pourquoi Stratasys tenait à ces brevets.

💰 27,6 millions de dollars : ce qui bouge vraiment

Graphique : ventilation des 27,6 millions de dollars du verdict Stratasys contre Bambu Lab, brevet par brevet

Attention au raccourci, parce qu’il circule beaucoup : la décision du PTAB ne fait pas disparaître la condamnation. Les 2,8 millions de dollars liés aux brevets Stratasys de détection de force peuvent encore tomber, mais pas automatiquement. Une décision du PTAB peut être revue et faire l’objet d’un appel, et le verdict texan est lui aussi contesté. Tant que tout n’est pas terminé, rien n’est payé, mais rien n’est effacé non plus.

Le reste de la somme n’est pas concerné par cette décision. Environ 14,2 millions de dollars reposent sur le brevet US 9 421 713, celui des tours de purge, et 10,6 millions sur le US 7 555 357, qui porte sur la génération des trajectoires d’extrusion. Sur le brevet des tours de purge, Bambu Lab a d’ailleurs perdu devant le PTAB et a porté le dossier devant la cour d’appel fédérale du circuit fédéral, un recours que l’on retrouve dans les événements juridiques du brevet.

Je préfère le dire clairement : avec 27,6 millions de dollars à la clé, la nouvelle ne renverse pas le rapport de force financier. Elle renverse autre chose, plus difficile à chiffrer. Un brevet attaqué avec succès devant le PTAB devient un argument affaibli, et la partie qui s’appuie dessus doit désormais défendre sa validité en plus de défendre sa plainte.

🏭 Ce que ça change dans mon atelier

Bambu Lab : réduction des purges en impression multicouleur

À mon niveau, rien ne change demain matin. Aucune injonction n’a été prononcée, aucune machine est bloquée, et mon imprimante continue d’imprimer exactement comme hier. Ce feuilleton judiciaire n’a jamais touché le firmware de mes machines, et il ne va pas commencer aujourd’hui.

Ce qui change, c’est la lecture que je fais des fonctions que j’utilise tous les jours. La tour de purge, cette colonne de matière jetée à chaque changement de couleur, a un propriétaire juridique. Le nivellement automatique, qui m’évite de régler un plateau à la main, a un propriétaire juridique. La lecture des bobines dans une AMS, pareil. Pendant des années, on m’a vendu ces innovations comme des évidences de progrès, alors qu’une bonne partie vient d’un fonds commun vieux de quinze ans.

Le vrai enjeu pour les makers est là : si les constructeurs doivent licencier chaque brique, la facture finit toujours par redescendre sur l’acheteur, soit en prix, soit en fonctionnalités bridées. Ce n’est pas la première fois que les brevets Stratasys occupent mon écran, mais c’est la première fois qu’autant de revendications tombent en même temps.

🇪🇺 En Europe, la bataille continue autrement

Le dossier américain occupe tout l’espace, mais je rappelle volontiers que l’Europe a rendu son propre avis. En avril 2026, la division locale de La Haye de la juridiction unifiée du brevet a refusé les mesures provisoires que Stratasys demandait contre une imprimante Bambu Lab, au motif, à ce stade de la procédure, que la machine n’entrait pas dans le champ du brevet européen invoqué. Une action en nullité du brevet européen reste pendante.

Rien de tout cela ne s’importe d’un continent à l’autre. Les brevets ne sont pas les mêmes, les produits visés ne sont pas les mêmes non plus, et une décision de mesures provisoires n’est pas une décision au fond. Mais mis bout à bout, ces épisodes racontent la même chose : personne n’a gagné la guerre des brevets Stratasys, et le rapport de force se joue désormais simultanément sur trois terrains.

🔮 La suite du dossier, et ce que je surveille

Trois choses peuvent encore faire bouger la situation dans les mois qui viennent. Je les garde en tête, parce qu’elles détermineront la suite bien plus que les communiqués.

Les appels. Les décisions du PTAB peuvent être contestées devant la cour d’appel fédérale, et le verdict texan suit le même chemin. Rien n’est définitif avant plusieurs mois, probablement davantage.

Le second procès. La seconde plainte de Stratasys n’a toujours pas de date, et deux de ses brevets viennent d’être fragilisés. Si le PTAB confirme, la position du plaignant sur ce volet devient nettement plus compliquée, alors que ces brevets Stratasys devaient précisément servir de second souffle au dossier.

Le brevet des tours de purge. C’est le plus lourd financièrement, celui sur lequel Stratasys a gagné devant le PTAB, et son appel devant le circuit fédéral vaut à lui seul le suivi. Le jour où ce brevet tombe, c’est une bonne partie de l’argumentaire multicouleur qui s’effondre.

❓ FAQ : brevets Stratasys et Bambu Lab

Bambu Lab doit-il encore payer les 27,6 millions de dollars ?

Oui, la condamnation tient à ce stade. Les brevets Stratasys invalidés par le PTAB représentent environ 2,8 millions de dollars de la somme, et cette part peut tomber si la décision devient définitive. Le reste, soit près de 25 millions liés aux tours de purge et aux trajectoires d’extrusion, n’est pas concerné par cette décision. Aucun paiement n’est exigible avant la fin des procédures.

Quels sont les brevets Stratasys visés par le PTAB ?

Quatre brevets Stratasys sont concernés : le US 9 168 698 et le US 10 556 381 sur la détection de force, le US 10 569 466 sur le matériau de dépôt marqué, et le US 11 886 774 sur les données de configuration. Deux de ces brevets Stratasys avaient été retenus par le jury du Texas, les deux autres appartiennent à la seconde plainte de Stratasys.

Le PTAB peut-il annuler définitivement un brevet Stratasys ?

Le PTAB peut invalider des revendications, pas effacer un brevet d’un trait de plume. Sa décision porte sur les revendications contestées et peut être revue ou frappée d’appel. Tant qu’aucune décision n’est définitive, un brevet Stratasys reste opposable, même si sa solidité juridique est sérieusement entamée.

Dois-je éviter d’acheter une imprimante Bambu Lab à cause des brevets Stratasys ?

Non, rien ne le justifie aujourd’hui. Aucune injonction n’a été prononcée contre les machines concernées, et le matériel que vous achetez fonctionne indépendamment du résultat des appels. Le seul point de vigilance concerne les entrepreneurs : si vous bâtissez un produit autour d’un système de changement de couleur ou de détection, faites relire votre conception par un conseil en brevets.

🎯 Mon regard de maker sur les brevets Stratasys

Je ne vais pas prétendre que cette décision me réjouit : les brevets Stratasys continuent de dessiner le paysage dans lequel j’imprime, et une victoire devant le PTAB ne rend aucune machine plus fiable ni plus rapide. Mais elle a le mérite de la clarté. Elle montre que les grandes briques de l’impression 3D de bureau, du nivellement automatique à la gestion des purges, sont un héritage disputé, et que la guerre se joue autant dans les bureaux de l’office des brevets que dans les salles de tribunal.

Mon conseil reste le même qu’en septembre : jugez les machines sur ce qu’elles impriment, pas sur les communiqués de leurs avocats. Et gardez un œil sur les décisions du PTAB, parce que c’est là que se décide, brique par brique, ce qu’un fabricant aura le droit d’implémenter demain. Le dossier des brevets Stratasys est loin d’être terminé.

Si vous voulez la version complète de la première manche, avec les quatre brevets du verdict détaillés un par un, je vous renvoie à mon analyse du verdict texan. Pour comprendre comment ces brevets pèsent sur les purges au quotidien, mon article sur les dépôts de brevets Bambu Lab complète le tableau, et celui sur le plateau chauffant Bambu Lab montre un autre brevet déjà invalidé par l’office américain.

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Johan

Sources : décisions et dossiers IPR consultables sur Google Patents, US 11 886 774, US 10 569 466 et US 9 421 713 ; procédures du PTAB ; communiqués investisseurs de Stratasys ; compte rendu de 3Druck.com.

Aucune vidéo de ma chaîne ne couvre ce sujet pour l’instant : dès que j’ai du concret à montrer au banc, je tourne.