Ce matin, je te parle d’une machine qui ne rentrera sans doute jamais dans mon atelier, mais qui m’a fait lever les sourcils au-dessus du café : le Filament Maker X10 de 3devo. Annoncé le 25 août 2026 par le fabricant néerlandais et déjà disponible à la commande, il ne ressemble à aucune extrudeuse de bureau que j’ai croisée jusqu’ici. Il avale des pellets, des broyats de prints ratés ou de la poudre issue de machines MJF et SLS, et il en ressort du filament prêt à imprimer à 1,5 kg par heure, sans personne pour surveiller la machine.
Je te préviens tout de suite : ce n’est pas le matériel que je vais m’offrir. Mais le Filament Maker X10 raconte quelque chose de plus intéressant qu’un simple lancement produit. Il montre où va la filière filament, et pourquoi le recyclage devient enfin rentable pour ceux qui impriment beaucoup. Tous les chiffres que je cite ici viennent des pages officielles 3devo, de la fiche technique constructeur et de la presse spécialisée, avec les sources en fin d’article. Aucun chiffre inventé.
🎯 Filament Maker X10 : ce que 3devo change vraiment

3devo n’est pas un nouveau venu dans le milieu. La société d’Utrecht, aux Pays-Bas, fabrique des extrudeuses de filament depuis 2016 et revendique plus de 3 000 systèmes installés dans plus de 40 pays. Sa page produit affiche les logos de BASF, d’Avient, d’Audi ou encore de l’ESA. Ce n’est donc pas une marque qui vise le garage du dimanche : ses machines équipent des labos, des universités et des fabricants de polymères.
Son Filament Maker TWO, vendu autour de 17 900 euros hors taxes chez les revendeurs européens, reste au catalogue comme machine de laboratoire. Le Filament Maker X10 ne le remplace pas : il ouvre un étage au-dessus. Là où le TWO sert à mettre au point et valider des formulations sur un banc, le X10 est pensé pour produire en continu, sans opérateur collé à la machine.
Le discours de la marque est limpide : entre l’extrudeuse de labo et la ligne de production industrielle, il n’existait rien d’accessible. Timo van der Laak, directeur commercial de 3devo, résume la logique dans 3DPrint.com : si fabriquer du filament n’est pas ton métier, tu ne peux pas justifier un branchement triphasé, de l’eau glacée et quelqu’un qui surveille la machine toute la journée. C’est exactement la promesse du Filament Maker X10 : une prise murale classique, pas de plomberie, et la machine tourne.
Concrètement, tu remplis la trémie de 7,25 L, tu enfiles le filament une fois, et tu ne touches plus à rien jusqu’à ce que la bobine soit pleine. 3devo annonce plus de 20 bobines par jour et une surveillance à distance, par réseau local ou par internet, avec un tableau de bord pour piloter plusieurs machines. La seule intervention manuelle qui reste : démarrer, changer la bobine, éteindre.
Le système d’extrusion encaisse aussi les matériaux difficiles. Quatre zones de chauffe indépendantes montent à 450 °C, avec une vis en acier à outils DC53 trempé de 58 à 62 HRC, un moteur de 48 Nm à 3 tr/min et une détection de blocage par encodeur. La page officielle parle de PEEK, de PEI et de polyamides chargés en fibre de carbone ou de verre. Le refroidissement de la zone d’alimentation s’auto-règle à la température de transition vitreuse moins 20 °C selon le préréglage du matériau, ce qui évite le bourrage classique quand on passe d’un polymère basse température à un polymère technique.
❄️ Les 2,80 m de refroidissement : la trouvaille du Filament Maker X10

Si je devais retenir une seule innovation sur cette machine, ce serait le chemin de refroidissement. Entre la buse et la bobine, le filament parcourt 2,80 mètres : un mètre sur un convoyeur en silicone, un demi-mètre de roue de renvoi, puis 1,3 mètre de retour vers la bobineuse. Sur le Filament Maker TWO, ce trajet ne mesure que 17 cm.
Pourquoi cette longueur change tout ? Parce qu’un filament qui refroidit trop vite doit être étiré pour descendre à son diamètre final, et un filament étiré emmagasine des contraintes internes. Avec un trajet long et progressif, le filament est déposé au lieu d’être tiré. C’est ce qui permet au Filament Maker X10 d’annoncer jusqu’à cinq fois le débit du Filament Maker TWO, soit 1,5 kg par heure avec du PLA en valeur de référence.
Le détail que j’aime beaucoup, c’est le refroidissement à l’air sur convoyeur, et non dans un bain d’eau comme sur beaucoup d’extrudeuses. Joris Peels, sur 3DPrint.com, souligne que sans passage dans l’eau, le filament n’absorbe pas d’humidité supplémentaire, ce qui peut donner des pièces plus solides qu’avec les machines à bain d’eau. Pour un atelier qui cherche à imprimer des pièces technique, ce n’est pas un détail de brochure.
📏 ±30 µm sur toute la bobine : le chiffre qui compte

La deuxième brique du Filament Maker X10, c’est la mesure. Un capteur optique trois axes est installé à la fin du chemin de refroidissement, donc après la rétractation complète du polymère. Il mesure le diamètre et l’ovalité en direct, avec une résolution de 10 µm et plus de 25 mesures par seconde, épaulé par une caméra infrarouge qui contrôle la température de surface. Le tout alimente une boucle fermée : la machine corrige toute seule, sans réglage manuel pendant la production.
Résultat annoncé : ±30 µm de tolérance sur la bobine entière, mesurée avec du PA12 recyclé chargé en fibre de carbone comme référence. Et là, je rejoins l’analyse de 3DPrint.com : beaucoup de fabricants annoncent des tolérances plus serrées, mais sur un ou deux points de mesure, ou en donnant seulement le maximum et le minimum constatés. Tenir ±30 µm du premier au dernier mètre d’une bobine de 3 kg, c’est une autre paire de manches.
Pour moi qui imprime en multicouleur, c’est même le critère numéro un. Un AMS ou un système à changement d’outil n’aime pas les variations de diamètre : à chaque irrégularité, c’est un risque de bourrage, de sous-extrusion ou de raté en pleine nuit. Un filament régulier, c’est la différence entre une soirée tranquille et une soirée à démonter une tête.
♻️ Du déchet MJF au filament imprimable : le cas Filamentive

La démonstration la plus parlante du Filament Maker X10 ne vient pas de 3devo, mais d’un partenaire britannique. Filamentive, fabricant de filament durable installé à Bradford, a lancé en février 2026 le rPA12, présenté comme le premier filament commercial fabriqué à 100 % à partir de poudre PA12 issue de déchets de frittage MJF. Le principe est simple à raconter : la poudre non frittée qui part habituellement à la benne est extrudée en filament utilisable sur n’importe quelle imprimante FDM.
Pourquoi ça compte ? Parce que la poudre PA12 coûte entre 50 et 100 euros le kilo et que 50 à 60 % de la poudre d’un build n’est jamais réutilisée. Un atelier qui tourne bien jette plus d’une tonne par an. 3devo indique avoir recyclé plus de 2 000 kg de poudre MJF PA12 sur ses propres machines en un an, matière qu’il réimprime ensuite pour sa production interne. Sa propre usine a servi de banc d’essai avant de commercialiser le Filament Maker X10.
Je trouve cette histoire forte parce qu’elle sort enfin le recyclage du discours marketing. Ici, il y a un filament qui sort d’une machine, une bobine qui part chez le client et des pièces imprimées derrière. À mon échelle, la démarche équivalente consiste à broyer mes ratés et mes supports pour en refaire du filament, comme le propose la méthode Creality avec la M1 et la R1. C’est exactement le même principe, mais avec une extrudeuse d’atelier et un résultat beaucoup moins régulier. Le recyclage de filament avec la Creality M1 et R1 montre ce qu’on peut faire avec un budget de maker.
💰 Prix : combien coûte le Filament Maker X10 ?

Mauvaise nouvelle pour les curieux : 3devo ne publie pas le prix du Filament Maker X10. Il faut passer par le formulaire de demande d’information du site pour obtenir un devis. En revanche, la grille publique des autres machines donne un ordre de grandeur assez clair. Le Filament Maker ONE démarre à 6 930 dollars, le Filament Maker TWO est affiché à 16 995 dollars, et le broyeur granulateur GP20 à 18 000 dollars.
Il faut ajouter l’onboarding professionnel, obligatoire : 1 500 dollars pour les extrudeuses et 2 500 dollars pour le broyeur, sans le transport ni la TVA. En Europe, le Filament Maker TWO se négocie autour de 17 900 euros hors taxes chez les revendeurs spécialisés. Autrement dit, si tu cherches le tarif du Filament Maker X10, attends-toi à un ticket à cinq chiffres en euros, plus la mise en route. Ce n’est pas un achat d’atelier amateur, c’est un investissement de laboratoire ou de ferme d’impression.
Est-ce que ça peut être rentable ? Le calcul a été posé par Joris Peels sur 3DPrint.com. Prends une ferme de 36 imprimantes qui consomment 500 g de filament par jour : en achetant du filament à 9 dollars le kilo, la facture annuelle tourne autour de 59 000 dollars. En partant de pellets à 5 dollars le kilo, elle tombe à environ 32 000 dollars, soit près de 26 000 dollars d’économie par an. Sur des poudres techniques à 50 ou 100 euros le kilo, le raisonnement devient encore plus violent.
À côté, pour mon atelier et pour la plupart des makers, la réponse est simple : non, le Filament Maker X10 n’est pas rentable. À 10 euros le kilo de PLA neuf, il faudrait extruder des tonnes de matière pour amortir la machine. C’est une comparaison que 3devo assume lui-même : un labo qui jette quelques centaines de kilos de PLA par an récupère quelques milliers d’euros, face à un système qui coûte plusieurs fois ce montant. La vraie cible, c’est la poudre PA12, le PEEK, l’Ultem, tous ces matériaux où le kilo se compte en dizaines voire en centaines d’euros.
⚠️ Mes réserves sur le Filament Maker X10

Je reste prudent, et pas seulement à cause du prix. D’abord, il n’y a pas encore de test indépendant : la machine a été validée sur plus de six mois de bêta, avec quinze machines chez six clients pilotes et sur la ligne de production interne de 3devo. C’est sérieux, mais ça ne remplace pas des retours d’usage sur plusieurs années, avec de la maintenance réelle et des pannes imprévues.
Ensuite, le recyclage n’a rien de magique. Un polymère perd des propriétés à chaque cycle de chauffe, et la poudre PA12 n’est pas réutilisable indéfiniment : au bout de quelques passages, il faut réincorporer de la matière vierge pour retrouver les propriétés d’origine. Le Filament Maker X10 résout le problème de la mise en forme, pas celui de la dégradation du matériau.
Autre point que je ne veux pas passer sous silence : un filament recyclé absorbe l’humidité, et il faudra de toute façon le sécher avant impression. C’est le même combat que pour les bobines du commerce, et c’est là qu’un bon déshumidificateur devient indispensable dans la chaîne. Je t’ai détaillé mon retour sur le déshumidificateur de filament Sunlu FilaDC i10, qui garde dix bobines au sec sans chauffer, et ce genre d’accessoire prend encore plus de sens quand tu fabriques ton propre filament.
Il y a enfin l’encombrement et la logistique : 1 785 mm de long, 400 mm de large, 57 kg, avec un convoyeur qui déborde et une bobineuse en bout de ligne. Ce n’est pas un appareil qu’on rentre sous l’établi le soir. Il faut lui réserver une place au sol, avec de quoi manœuvrer les bobines de 3 kg et stocker la matière première à proximité.
🔧 Filament Maker X10 contre Filament Maker TWO : le tableau

Pour bien situer le Filament Maker X10 dans la gamme 3devo, voici les différences qui sautent aux yeux sur les fiches techniques officielles. Ce tableau vaut ce qu’il vaut, puisque le prix du X10 n’est pas public, mais il montre clairement que les deux machines ne visent pas le même usage.
| Caractéristique | Filament Maker X10 | Filament Maker TWO |
|---|---|---|
| Débit annoncé | Jusqu’à 1,5 kg/h (réf. PLA) | Environ cinq fois moins |
| Chemin de refroidissement | 2,80 m sur convoyeur silicone | 17 cm |
| Trémie | SmartFlow 7,25 L, pellets, broyats, poudres | 2,6 L, refroidie activement |
| Tolérance de diamètre | ±30 µm sur la bobine (réf. rPA12 + CF) | Capteur 3 axes, 10 µm de résolution |
| Chauffe | 4 zones jusqu’à 450 °C | 4 zones jusqu’à 450 °C |
| Fonctionnement continu | Pensé pour tourner 24/7, 20 bobines par jour | Usage de laboratoire, surveillé |
| Dimensions et poids | 1 785 × 400 × 692 mm, 57 kg | 606 × 258 × 526 mm, 42 kg |
| Prix public | Sur devis | 16 995 dollars, environ 17 900 euros HT en Europe |
Ma lecture est simple. Le Filament Maker TWO reste la machine pour tester une formulation, comprendre un polymère et valider un matériau en laboratoire. Le Filament Maker X10 est fait pour alimenter des imprimantes en série, avec une régularité de fournisseur et un fonctionnement quasi autonome. Si tu es chercheur, le TWO suffit. Si tu produis, c’est le X10 qui parle.
❓ FAQ : Filament Maker X10
Combien coûte le Filament Maker X10 ?
3devo ne publie pas le prix du Filament Maker X10 : il faut remplir le formulaire de demande d’information du site officiel pour recevoir un devis. Pour te donner un repère, le Filament Maker TWO est affiché à 16 995 dollars, le Filament Maker ONE à partir de 6 930 dollars et le broyeur GP20 à 18 000 dollars, avec un onboarding obligatoire de 1 500 à 2 500 dollars selon la machine. Attends-toi donc à un ticket à cinq chiffres en euros pour le Filament Maker X10.
Quelle est la différence entre le Filament Maker X10 et le Filament Maker TWO ?
Le Filament Maker TWO est une extrudeuse de laboratoire destinée à la mise au point de matériaux, avec un débit modeste et une surveillance humaine. Le Filament Maker X10 pousse le débit jusqu’à 1,5 kg/h, allonge le chemin de refroidissement de 17 cm à 2,80 m, ajoute une trémie SmartFlow de 7,25 L qui accepte les poudres et les broyats, et se pilote à distance pour tourner en continu. Le Filament Maker X10 vise la production, le TWO vise la recherche.
Peut-on imprimer du filament recyclé MJF ou SLS dans n’importe quelle imprimante ?
Oui, à condition d’avoir un filament régulier et sec. Le rPA12 de Filamentive, fabriqué à partir de 100 % de poudre PA12 issue de déchets MJF, est vendu en 1,75 mm sur bobine d’un kilo et s’imprime sur une imprimante FDM classique. La difficulté n’est pas l’impression, mais la fabrication : le Filament Maker X10 garantit ±30 µm de tolérance, ce qui rend le filament recyclé utilisable dans un AMS ou un changeur d’outil. Et comme tout filament, il faut le sécher avant de l’imprimer.
Le Filament Maker X10 est-il rentable pour un maker seul ?
Non, et 3devo le reconnaît à demi-mot. Avec du PLA neuf autour de 10 euros le kilo, il faudrait extruder des tonnes de matière pour amortir une machine à cinq chiffres. Le Filament Maker X10 devient intéressant quand la matière coûte cher : poudre PA12 entre 50 et 100 euros le kilo, PEEK, PEI, composites chargés. Pour un atelier amateur, mieux vaut sécuriser le prix de son filament en 2026 et investir dans du stockage correct que dans une extrudeuse.
🔗 Sources
- Page officielle du Filament Maker X10 (3devo)
- Grille tarifaire officielle 3devo : Filament Maker ONE, TWO et broyeur GP20
- 3devo Launches Filament Maker X10: Technical Specification and Pricing (3D Printing Industry)
- 3devo Releases New Filament Maker X10, analyse et calcul de rentabilité (3DPrint.com)
- Recycle Your Scrap and Powder into 1.5 kg of New Filament Per Hour (All3DP)
- Filamentive rPA12 : le premier filament en nylon issu de déchets MJF recyclés
- Fiche technique officielle du Filament Maker TWO (3devo)
- PLA ColorMix Prusament : 45 teintes avec 5 bobines (Le CréAtelier)
Johan




